06 avril 2008
Le miracle dans la vie du prophète Mohamed (partie 1)
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Par Dr Mansour Rahmani Université de Skikda - Algérie Les efforts longtemps fournis par les musulmans pour démontrer les miracles du saint coran dans plusieurs domaines sont considérables. Il en est ainsi des miracles démonstratifs, scientifiques, législatifs, prédicateurs et psychologiques …Etc D’un autre côté, les recherches traitant des saints récits du prophète Mohamed SAW ont démontrés la véracité de certaines révélations, notamment dans le domaine médical, et aussi en ce qui concerne les prédications faites par lui. Aussi, certains imminents auteurs de la sainte biographie du prophète n’ont fait que souligner les préceptes religieux et théologiques issus des différents événements. D’autres ont tout simplement rapporté avec précisions ses récits. Ces efforts sont certes louables du fait qu’ils débouchent sur des règles qui ne sont pas explicitement érigées par le Coran ou la Sunna. La sainte biographie inspire aux prédicateurs la méthodologie et les étapes à suivre, et dévoile aussi les efforts considérables accomplis par Mohamed SAW pour glorifier le nom d’Allah, gérer les situations difficiles et prendre les décisions adéquates. – Elle inspire aux enseignants la méthodologie et les moyens fondamentaux, – Elle inspire aux dirigeants les modes de gouvernance, – Elle inspire aux anachorètes le sens et le but de leur ermitage, – Elle inspire aux commerçants les objectifs, l’organisation et les procédés, – Elle inspire aux éprouvés la patience et la persévérance dans le chemin du prophète et la totale croyance qu’Allah a promis récompense aux pieux, – Elle inspire aux scientifiques les moyens de mieux appréhender le saint coran, d’en tirer les connaissances exactes dans les divers aspects théologiques et de comprendre les règles d’analogie, les cas expliquant certains versets et généralement tous les fondements scientifiques, – Et elle inspire à la communauté les mœurs et les qualités louables à adopter. Les musulmans ont tiré avantage de la sainte biographie du prophète pour améliorer la pratique religieuse. Toutefois, ils ont besoin d’en profiter pour améliorer leur vécu, notamment dans le cadre actuel où les principes et les valeurs sacrées sont soumis aux pressions matérialistes étrangères. Actuellement, le monde n’est plus qu’un petit village du fait du développement considérable des moyens de communication privilégiant la mondialisation et aboutissant à une ouverture concurrentielle des marchandises et des concepts. De ce fait, nous, musulmans, n’avons de place que par une auto estimation susceptible de nous rendre concurrentiels. Notre seul acquis est une religion juste et un grand prophète et nous nous devons de le faire connaître et de proclamer sa grandeur en utilisant les moyens qu’offre la mondialisation, surtout que plusieurs personnes sensées du monde occidental moderne souligne la grandeur éternelle de notre prophète SAW, tel que rapporté dans l’ouvrage « Les Cents Eternels » dont l’auteur souligne : « Le prophète Mohamed SAW, contrairement au prophète Jesus (paix sur lui), s’intéressait plus au quotidien. C’était un mari, un père, un commerçant, un berger. Il a combattu dans plusieurs guerres, il se blessait et tombait malade…et il est mort... » La force considérable de notre prophète SAW n’a d’égal que sa haute maîtrise politique faisant de lui le plus grand chef politique de tous les temps. L’étude de l’histoire nous révèle que plusieurs événements pouvaient se réaliser sans le concours de leurs principaux acteurs. Il en est ainsi des colonies d’Amérique latine qui pouvaient prendre leur indépendance par un homme autre que Simon Bolivar. Un autre leader aurait pu conduire ce mouvement. Toutefois, il est impossible de prétendre la même chose pour les bédouins ou le grand empire des arabes en dehors de l’intervention de notre saint prophète Mohamed. Certes, jamais l’histoire n’a connu un homme aussi valeureux que lui. Avant d’avancer dans cette étude, il est nécessaire de définir le miracle et le phénomène miraculeux et de démontrer la différence entre les deux notions, ainsi que les aspects convoités dans la vie de notre saint prophète et la différence entre le miracle et le don ou les faits qui ne le sont pas. La notion du phénomène miraculeux : Le phénomène miraculeux est tout fait inhabituel perpétré par quelqu’un qui se revendique prophète, sollicitant un défi, et dont la reproduction par un tiers est impossible. Est considéré comme fait inhabituel tout acte que les hommes n’ont pas l’habitude de réaliser, comme le jaillissement de l’eau de la main de notre saint prophète. De même, l’acte doit emporter un défi, c’est-à-dire que le prophète revendique sa prophétie en défiant les hommes de faire pareille. La reproduction par un tiers est impossible, c’est-à-dire que toute autre personne serait matériellement dans l’incapacité de reproduire ce phénomène. Il en est ainsi des enchanteurs de pharaon qui étaient incapables de reproduire les phénomènes miraculeux de Moïse. Le phénomène doit être perpétré par quelqu’un qui se revendique prophète, en ce sens que tout phénomène inhabituel qui n’est pas lié à une prophétie, tel que les actes inaccoutumés réalisés par les compagnons du prophète, n’est pas miraculeux mais considéré comme un don divin. Le caractère miraculeux est donné aux actes du prophète dont le compagnon croyant a été récompensé par un don divin. Il en découle que les phénomènes miraculeux sont exclusivement liés aux prophètes. Etant entendu que la liste des prophètes a été close depuis quinze siècles, il est impossible que des phénomènes à caractère miraculeux puissent être réalisés par d’autres personnes, quelque soit le degré de leur piété. Le remède par le touché ou la survie dans une situation où la mort est inévitable ne constituent pas des phénomènes miraculeux. Le miracle dans la vie du saint prophète Mohamed SAW réside dans les réalisations qu’il a pu humainement achever, dans un temps très réduit, et qui dépasse la capacité d’autres hommes, qu’ils soient prophètes, dirigeants ou meneurs. Il en ressort qu’il mérite d’être pris parfaitement pour modèle. Ceci démontre plus la grandeur de notre prophète que la véracité des événements biographiques, ce qui pousse les gens à le prendre pour exemple en totale confiance. Les dires de notre prophète sont les plus véridiques et sincères, ses actes et jugements sont les plus justes, sa législation et sa religion sont les meilleurs. D’un autre côté, la finalité de cette étude est d’extraire les notions susceptibles d’offrir à toute personne qui l’adopte le succès et la réussite pour mener la réforme. Il est vrai que tous les prophètes bénéficient de l’appui d’Allah par les miracles et les messages divins. Il est vrai aussi que leur dieu, leur religion et leur messager sont uniques, cependant ils sont différents dans leur approche humaine ce qui explique la différence de leur effet charismatique sur les hommes. A cet effet, il y a lieu de constater que certains ont propagé leur message dans tous les horizons et d’une manière éternelle, et c’est le cas de notre saint prophète Mohamed SAW. D’autres ont vu leur message se limiter dans un certain contexte. Aussi, plusieurs dirigeants auront le même nombre d’hommes et d’équipement, mais la victoire ne s’offre qu’à certains d’entre eux. La sainte biographie de notre prophète comporte plusieurs sens et événements qui peuvent être considérés comme la clé de toute réforme. La question qui se pose est relative à l’identification de ces sens, surtout que la vie de notre saint prophète est remplie d’activité et de vivacité. On le voit agir tantôt comme un messager de dieu, tantôt comme un juge équitable et d’autres fois comme un homme ordinaire. De même, quelle est la source qui peut inspirer les objectifs que nous recherchons ? Est-ce dans son allure et ses apparences ou dans ses dires et actes ? Ceci demeure l’objet d’une controverse actuelle, à l’instar des compagnons du prophète SAW qui se disputaient la nature des actes ouvrant les portes du paradis quand notre prophète SAW a dit : « Voyez un homme du paradis se montrer à vous ». Certains se sont focalisés sur sa belle allure, d’autres sur ses prières nocturnes, d’autres sur son jeun …etc, mais la réalité est autre. D’après Anas Ibnou Malik : « Nous étions assemblées chez le prophète quand il a dit : Voyez un homme du paradis se montrer à vous. Apparut alors un homme des Ansars, sa barbe propre par ses ablutions et portant ses sandales dans la main gauche. Le lendemain le prophète SAW a dit la même chose et apparut alors le même homme dans la même apparence. Le troisième jour de même. Quand le prophète est parti, Abdoullah Ibnou Amr suivit l’homme et lui dit : j’ai un différend avec mon père et j’ai juré de ne pas passé les trois prochains nuits chez lui, peux-tu m’accueillir ? L’homme dit oui. Anas rapporte que Abdoullah Ibnou Amr a passé les trois nuits avec l’homme sans le voir une seule fois faire des prières nocturnes. Mais quand il changeait de côté la nuit, il invoquait Dieu jusqu’à son réveil pour la prière du Fajr et ne disait que du bien. Les trois nuits passées, j’ai failli ridiculiser ses actes et je lui dit : Abdallah, je n’ai aucune dispute avec mon père, mais j’ai entendu notre prophète SAW dire qu’un homme du paradis se montrera à nous et à chaque fois tu apparaissais. Alors j’ai souhaité rester avec toi pour voir tes bons actes et en prendre l’exemple, mais j’ai constaté que tu en faisais peu. Qu’est ce que notre prophète voulut dire ? Il répondit : ce n’est que ce que tu as vu. Quand j’ai quitté il m’appela et me dit : ce n’est que ce que tu as vu, sauf que je ne triche personne et que je n’envie personne pour ce que Dieu lui a donné. Alors Abdallah dit : C’est pour cela que tu as été récompensé. » Les témoignages équitables de certains penseurs : Il est souhaitable de faire allusion à la valeur de notre prophète SAW chez certains penseurs, et ce pour mieux concevoir que ses réalisations méritent d’être divulguées et défendues. 1. Mahatma Gandhi : « J’ai voulu prendre connaissance des qualités qui ont permis à cet homme de conquérir les cœurs de millions de personne. …je suis incontestablement convaincu que la domination de l’Islam n’est pas due à la force de l’épée, mais à la simplicité du prophète, à sa précision, au fait qu’il honore ses promesses, à sa loyauté envers ses compagnons, à sa bravoure et à sa grande foi en son dieu et son message. Ce sont ses qualités qui lui ont facilité la voie et lui ont permis de dépasser les obstacles, et non son épée. Après avoir lu la deuxième partie de la biographie du prophète, j’ai regretté qu’il n y ait plus à savoir sur sa remarquable vie. » 2. Rama Krishnaraj: « Il est impossible de cerner tous les aspects de la personnalité de Mohamed SAW. Ce que je peux offrir est une succincte biographie composée de belles images. Il y a Mohamed le prophète, Mohamed le guerrier, Mohamed l’homme d’affaires, Mohamed l’homme politique, Mohamed l’orateur, Mohamed le réformateur, Mohamed le refuge des orphelins, Mohamed le protecteur des esclaves, Mohamed l’émancipateur des femmes, et Mohamed le juge. Tous ces remarquables rôles dans toutes les formes de la vie humaine font de lui un héro. » 3. Le penseur français Lamartine : « Si les critères permettant de juger le génie d’un homme sont la noblesse des fins et les résultats obtenus malgré le peu de moyens, personne ne peut oser comparer le génie de Mohamed SAW à celui d’autres grandes personnalités de l’histoire contemporaine. Ces grandes personnalités ont construis des armes, promulgué des lois et bâti des empires, et n’ont récolté que des gloires éphémères rapidement éteintes. Cet homme a non seulement dirigé des armées, promulgué des lois, bâti des empires, gouverné des peuples et astreint des gouvernants, mais il a aussi guidé des millions d’hommes dans ce qui était considéré comme le tiers monde à l’époque. Il a également aboli des pratiques, des religions, des idées et des croyances fausses. Cette personne est certes Mohamed SAW, le philosophe, l’orateur, le prophète, le législateur, le guerrier, le dominateur des envies, et l’initiateur de courants de pensée pour la vraie foi, sans idoles ni autres objet. Il a bâti vingt empires terrestres, mais un seul empire spirituel. C’est Mohamed SAW. Vu l’ensemble des critères de la grandeur des hommes, je me pose cette question : Est ce qu’il y a quelqu’un de plus grand que Mohamed SAW ? » 4. Montgomery : « La capacité de cet homme à supporter les persécutions pour ses croyances, la noblesse et la valeur des personnes qui ont cru en lui et l’ont désigné comme chef et la grandeur de ses réalisations démontrent la justesse et l’intégrité qui sont ancrées dans sa personnalité. Le fait de prétendre que Mohamed est un imposteur crée plus de problème qu’il n’en résout. En fait, aucune grande personnalité historique n’a reçu le mérite dont a bénéficié Mohamed SAW. » 5. Docteur Zwimer : « Mohamed SAW a été incontestablement le plus grand des dirigeants musulmans religieux. Il est aussi vrai de dire qu’il était un réformateur valeureux, un orateur palpant, un brave audacieux et un grand penseur. Il est inacceptable de prétendre le contraire, d’autant plus que le coran et son histoire sont là pour étayer ses qualités. » 6. Bernard Shaw : « Le monde a beaucoup besoin d’un homme de l’intellect de Mohamed SAW, ce prophète qui a su donner à sa religion le respect et la majesté qui ont fait d’elle la plus forte des religions, à même d’englober tous les aspects civiques, et la plus éternelle d’entre elles. J’ai constaté que beaucoup de mes contemporains ont adopté cette religion et je pense qu’elle trouvera toute son ampleur dans ce continent (l’Europe). Les hommes de foi du moyen âge, ignorants et bornés, ont érigé une image statique de la religion de Mohamed SAW et le considéraient comme un ennemi du christianisme. Mais je me suis informé sur cet homme et j’ai constaté qu’il était prodigieusement extraordinaire. J’ai compris que loin d’être un ennemi du christianisme, il peut être considéré comme le sauveur de l’humanité. A mon avis, s’il prenait en charge la situation du monde actuel, il serait parfaitement capable de résoudre les problèmes d’une manière à même d’assurer la paix et le bonheur tant recherché par les hommes. » 7. Tolstoï : « Il suffit d’évoquer avec fierté que Mohamed SAW a libéré un peuple soumis et sanguinaire des démons des mauvaises mœurs et l’a guidé vers le chemin du développement et de l’épanouissement. Sa religion sera dominante du fait qu’elle concorde avec la raison et la sagesse. Ce sont des extraits des penseurs équitables envers Mohamed SAW. Traduction: Ibnousoufiane K. |
Le miracle dans la vie du prophète Mohamed (partie 2/2)
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Par Dr Mansour Rahmani Université de Skikda - Algérie Avant d’entamer l’étude sur les causes du miracle dans la vie de Mohamed SAW, il est nécessaire d’en démontrer les aspects susceptibles de nous guider vers les principaux éléments et les vrais fondements à l’origine de ce miracle. Les aspects du miracle dans la vie de Mohamed SAW : En résumant, nous pouvons dire qu’il a inversé la situation des arabes dans un temps réduit et avec des coûts moindres. Ils étaient ennemis et sont devenus frères, ils étaient athéistes et sont devenus monothéistes, ils étaient analphabètes et sont devenus instruits, ils étaient plusieurs tribus en guerre et sont devenus un seul Etat, et ils étaient sous-développés par rapport aux pays environnants et sont devenus supérieurs. La communauté arabe était dépassée la Perse et Rome en apogée Qui pensait dès lors que la balance allait basculer et changer Les paysans devinrent glorieux et extravagants Rome et la Perse furent déchut dans la boue Pour plus de détails, nous ferons allusion brièvement aux situations suivantes : 1. La capacité de changer l’animosité et l’émiettement des arabes en union et solidarité : Avant l’Islam, les arabes étaient des tribus hostiles et belliqueuses en quête de pâturage et d’eau, s’écrasant les unes les autres et dont le fort abusait du faible. Plusieurs guerres éclataient à cause de cette situation et furent connues par « les jours des arabes », comme la guerre Bassous, Dahes, Ghabra’, Foujar et autres. La Perse au nord, Rome à l’ouest et l’Éthiopie au sud profitaient de cette situation pour asseoir leurs pouvoirs et imposer des taxes aux arabes. La pensée arabe était loin d’envisager l’établissement d’un Etat, d’une civilisation ou d’une société comme c’était le cas dans d’autres pays. A l’issue de seulement dix années, le prophète Mohamed SAW a déclaré la mise en place de la société et de l’Etat islamique et pour la première fois, les arabes vont être régis par une constitution et leur capitale va être déplacée à Yatrib. La création de l’Etat islamique n’a pas été une fin en soit, mais l’objectif de son fondateur était de mettre en place une nouvelle civilisation qui s’étendra dans tous les lieux et les temps et dont la base est l’unicité de Dieu et l’adoption des plus nobles principes humains, dans un contexte ou plusieurs races et couleurs respectent les préceptes d’égalité préconisée par la sainte parole de Dieu. Cette union était loin d’être des slogans ou un régime que les individus subissent, elle puisait sa source des cœurs et anéantissait les différences raciales et tribales. Plusieurs fondements ont été changés et aucune différence ne subsistait entre le blanc et le noir, le riche et le pauvre, le gouverneur et le gouverné, le notable et le citoyen commun, et la primauté est celle des actes « le plus valeureux étant le plus pieux ». 2. Les arabes ont été hissés de l’ignorance et l’analphabétisme à la sagesse et l’éducation : les arabes était une communauté analphabète tel que l’atteste le saint Coran, et l’ignorance guidait leurs actes et ravivait les sens de vengeance, de cruauté et de despotisme, tel que rapporté par le poète Amr Ben Kaltoum : Que nul ne soit plus obscur que nous obligés nous serons de l’être plus Nous boirons l’eau venant à nous claire et les autres la boiront terne Peu après l’avènement de l’islam, le prophète insistait à démontrer la vertu de l’éducation et la valeur des instruits, et considérait l’éducation comme une obligation identique à la prière ou le jeun, à l’instar de ce qu’il a fait avec les captifs Koraïchites à Badr et dont l’histoire n’a jamais connu pareil. Désormais, ils étaient aptes à lire et écrire et pouvaient résoudre des problèmes jadis difficiles et ils ont mis en place l’ensemble des règles linguistiques dans un temps très réduit. D’un autre côté, les qualités de sagesse, de méditation, de tolérance et de bienfaisance se sont substituées à l’ignorance, tel que cela est décrit par le poète Kais Ben Assem dans ses vers destinés à sa femme : Si tu prépares à manger cherche un compagnon je ne le mangerai certes pas seul Visiteur ou voisin, parce que j’ai peur des reproches faites dans mon dos Al Ahnaf Ben Kaïs fût interrogé : De qui as-tu appris la sagesse ? Il répondit : de Kaïs Ben Assem Al Mankari. Je l’ai vu dans la cour de sa maison appuyé sur l’étui de son sabre et parlant aux gens. On lui amené un captif et un mort et on lui dit : Ton neveu a tué ton fils ? Alors il est resté comme il est et a continué son discours. Puis il s’est tourné vers son neveu et lui a dit : Ô neveu ! Tu as péché envers ton dieu, tu t’es tué toi-même, et tu as meurtri ton cousin. Et il dit à son autre fils : Prends ton frère et abrites le et envoies à sa mère cent dromadaires à titre d’indemnité, elle est étrangère…Al Ahnaf dit : Je ne suis pas sage mais je m’efforce de l’être. 3. De l’assujettissement et du nomadisme, au pouvoir et à la domination : Avant l’islam, les arabes étaient indistinctement assujettis aux perses ou aux romains, sauf une minorité nomade, commerçante ou intrusive, et aucun ne présumait qu’ils deviendrait des chefs envahisseurs ou des légendes politiques dont les dires et les actes seront reportés par l’histoire partout dans le monde. Le cas d’Omar Ben Alkhattab avant et après l’islam est très révélateur. Le saint prophète a su faire de tous ses compagnons des membres actifs dans la communauté que ce soit des califes, des commerçants, des chefs ou des soldats. En des termes plus modernes, ces personnes développaient une conscience politique, connaissaient l’intérêt général et le préservaient dans tous leurs actes. Le saint prophète a su gérer le conflit avec Koraïch quand les musulmans étaient encore faibles, et même quand ils sont devenus une force après l’exile à Médine, et il a su éviter toutes les complications qui pouvaient résulter de cette situation. Ses compagnons qui lui ont succédé ont su également résoudre des difficultés majeures, notamment lors de la guerre des renégats ou lors des invasions islamiques. Ils ont su développer de nouvelles relations avec les nations converties en islam grâce aux enseignements que le saint prophète a laissé après sa mort et qu’il a résumé en deux points qui sont le saint coran et sa sainte biographie. Le déclin qu’ont connu les musulmans est dû au délaissement de ces précieux préceptes. 4. Il a su réaliser tous ses grands œuvres au moindre coût : L’œuvre du saint prophète a été accomplie dans un temps record et à des coûts minimes, contrairement aux révolutions modernes sacrifiant plusieurs vies et des moyens financiers énormes et générant d’infimes résultats. Inévitablement, si les changements sont pacifiques, ils nécessitent des dépenses pharamineuses, autrement ils nécessitent le sacrifice de plusieurs vies. Notre prophète préservait les vies humaines et cherchait toujours la facilité, en ce sens que sa révolution qui a durée vingt trois années n’a coûté que mille quatre vingt victimes entre musulmans et non musulmans, sachant qu’il a mené vingt huit guerres. Ceci est dû au fait qu’il considérait la préservation de la vie humaine comme sa principale priorité, et c’est pour cette raison qu’il a accepté la trêve injuste de Houdaybia et a accepté l’indemnité de ces ennemis lors de la guerre de Badr alors même qu’ils souhaitaient sa mort. La volonté du prophète de protéger la vie humaine est également prouvée lorsqu’il s’apprêtait à conquérir la Mécque sans en informer personne pour éviter que Kuraich se prépare à la guerre et que plusieurs vies y périssent. Il quitta Médine avec ses compagnons sans les informer de leur destination, que seule sa femme Aïcha et son compagnon Abou Bakr savaient et gardaient secrète. Les autres compagnons croyaient chacun que la destination était la Syrie ou Thakif ou Hawazin. De même, notre saint prophète SAW a envoyé Aba Qatada Ibn Rabii avec huit personnes à Batn Idam afin que l’on croie que c’est sa destination et que cette information se propage. Le porteur de la bannière de la troupe du saint prophète SAW, Saad Ben Abada, quand il a vu Abou Soufiane il cria : Ô Abou Soufiane ! C’est le jour de l’apothéose ! Ce jour tout est licite ! Ce jour Dieu humilie Kuraïch ! Quand le saint prophète a approché Abou Soufiane ce dernier lui lanca : Ô Prophète, as-tu ordonné de tuer ton peuple ! Saad m’a dit : Ô Abou Soufiane ! C’est le jour de l’apothéose ! Ce jour tout est licite ! Ce jour Dieu humilie Kuraïch ! Au nom d’Allah épargnes ton peuple, tu es certes le plus noble, le plus clément et le plus attentionné de tous. Abderahmane Bnou Aouf et Othmane Bnou Affane disent : Ö Prophète, nous ne croyons guère que Saad ait un lien avec Koraïch. Alors le saint prophète dit : Ce jour est un jour de clémence ! Ce jour Dieu glorifie Koraïch ! Il appela Saad et l’écarta et il donna la bannière à Kaïs Ben Saad. Les fondements du miracle dans la vie du prophète SAW :
Le saint prophète était l’exemple même de l’homme pragmatique qui ordonnait que la parole suit l’acte, il dit ainsi : « Tous les prophètes avant moi avaient des apôtres et des adeptes qui suivaient leurs chemins et exécutaient leurs ordres. Leurs succèdent alors des hommes dont les dires différent des actes, et dont les actes différent des ordres qu’ils se doivent de respecter. Quiconque les affronte par la main est croyant, quiconque les affronte par la parole est croyant, quiconque les affronte par son cœur est croyant, aucune foi n’est en deçà. ». Quand le saint prophète ordonna ses compagnons de persévérer, il en donnait l’exemple car il était le plus honorable et le plus généreux de tous les êtres et la victoire que Dieu lui donna ne résultait pas d’actes extraordinaires, mais par son mérite puisqu’il a été démenti, outragé, accusé de magie et d’insanité, sa tête fût fracturée et ses os brisés et il fût trahi. Malgré cela il persévérait et croyait en Allah. Il apprenait cette réalité à ses compagnons. Quand Khabab Ben Arth demanda au prophète « Ô prophète, ne pris-tu pas pour nous !» le prophète lui répondit, alors même que cette demande fût légitime : « Il fût des hommes avant vous dont on ratissait la chair des os par le fer sans qu’ils reviennent sur leur foi….on leur sciait la tête en deux sans qu’ils reviennent sur leur foi…et Allah achèvera cet acte jusqu’à ce que les voyageurs aillent de Sanaa à Hadramaout ne craignant qu’Allah et le loup pour leur bétail, mais vous vous impatientez. ».
De même, le saint prophète veillait à défendre un droit quoi qu’il coûte, que ce soit dans le cadre des actes, tel qu’interdire les médisances et encourager la bienfaisance, ou dans le cadre des dires, tels que les témoignages ou autres. Ainsi, il enseignait à ses compagnons la droiture et la vérité. Abi Said Al Khoudari raconta : J’ai entendu le saint prophète dire « Si quelqu’un voit une médisance, qu’il la corrige par la main, s’il ne peut pas, alors par la langue, et s’il ne peut pas il le fait par le cœur, c’est la moindre foi ». Obada Ben Essamit dit : Nous avons juré allégeance au saint prophète pour l’obéir en apogée ou en crise, contraints ou pas, de part notre initiative, que nous ne contraignons personne, sauf flagrante apostasie dûment prouvée, et que nous disions toujours la vérité au nom d’Allah sans craindre les reproches ». 3. Harmoniser la parole avec l’état du public : Ses paroles et ses récits étaient considérés comme un remède personnalisé, de telle sorte que ce qui était destiné à un individu ne pourrait convenir à un autre. Ainsi, quand il fût questionné par un homme sur les actes préférables pour Allah, il lui répond : le respect des horaires de prière, et il répondit à un autre : la foi en Allah et son prophète, mais quand on lui demanda qui est le plus plaisant des hommes pour Allah, il répondit : Un croyant oeuvrant au nom d’Allah par sa vie et ses biens. Quand Fadala voulu le tuer deux fois, le prophète posa sa main sur son cœur et la haine fût transformée en amour. Il a gracié Mouaouya et Ikrima, mais n’a pas été clément avec Habar Ben Asouad, ce qui prouve sa parfaite compréhension des esprits humains et de ce qui leur convient, ainsi que la sincérité de son intuition. 4. Il a donné une nouvelle définition du pouvoir et de la gouvernance : Il a appris à ses compagnons que la responsabilité est une lourde tâche qui ne peut être confiée à la demande. En effet, cela signifie que soit le demandeur ignore les implications de cette responsabilité, soit qu’il les connaît mais son intention est d’en profiter, et dans les deux cas, il n’en est pas apte. Abou Dar a rapporté qu’un jour il a dit au prophète : « Ô Prophète, pourquoi ne m’utilises-tu pas ? Il lui tapa sur les épaules et lui dit : Ô Aby Dar, tu es faible et ceci est une responsabilité regrettable le jour du jugement, sauf pour ceux qui ont sérieusement appréhendé et honoré leurs dus ». Abou Moussa El Achâari rapporta qu’un jour il est allé visiter le prophète avec deux de ses cousins dont l’un dit au prophète : « confies nous une partie de ce qu’Allah t’as conféré ! l’autre en dit de même, alors le prophète répondit : Je jure par Allah que je ne confierai guère cette tâche à un homme qui la demande ou la convoite ». Cet enseignement est véritablement illustré par le récit de Rabiaa Ben Ziada Al Hariti quand il rencontra Omar et que ce dernier se plaignait d’un repas pesant, alors Rabiaa lui dit : « Ô commandeur des croyants, tu mérites la plus douce des nourritures et le plus lisse des habits », alors Omar pris un document et lui tapa sur la tête en rétorquant : « Je jure que tu souhaites plus ma bénédiction que celle d’Allah par tes dires. Honte à toi, ne sais tu pas ce que je suis pour ces hommes ? » Alors Rabiaa lui répondit : « Qu’es-tu pour ces hommes ? », Omar dit : « Vois tu quand des hommes voyagent et qu’ils confient leurs biens à l’un d’eux et lui demandent de se charger des dépenses, est-ce que cet homme peut disposer de ces biens ? », Rabiaa dit « Non commandeur des croyants », et Omar dit : « C’est ce que je suis pour ces hommes. » et il reprit : « Je n’emploi guère mes hommes pour agresser les vôtres, ni les injurier ou les spolier ! Je les emploi pour vous apprendre la parole d’Allah et les récits de son prophète. » « Quiconque est maltraité n’a aucune excuse pour ne pas m’en informer pour que je lui rend son droit. » Alors Amr Ibn Alas lui dit : « Et si un Emir éduque l’un de ses sujets, rendrais-tu son droit au sujet ? », et Omar dit : « Et pourquoi ne le ferais-je pas alors que j’ai vu le saint prophète se le faire lui-même ? », alors Omar envoi un écrit à ses généraux destinés au soldat leur disant : « Ne frappez aucun musulman pour l’humilier ! Ne les priver pas jusqu’à ce qu’ils renient ! Ne les éloignez pas trop de leurs épouses jusqu’à ce qu’ils subissent les tentations ! Et ne les oppressez pas jusqu’à les perdre ! ». La conception du pouvoir que le saint prophète a érigé n’a d’équivalent ni dans les temps anciens ni de nos jours, au contraire, l’état des musulmans a empiré quand le pouvoir est devenu une convoitise successorale. 5. La valorisation des compétences pour l’octroi des fonctions : En ce sens que le saint prophète profitait de toutes les compétences et les énergies disponibles. Ainsi, il confia le commandement de l’armée à Khalid Ibn Al Oualid nouvellement adepte de l’Islam, et il confiait à Mouaouia la transcription de la parole de Dieu alors que son père était l’un de ses pires ennemis. L’on constate aujourd’hui que les fonctions politiques et militaires sont confiées selon l’ancienneté des attributaires ou leurs orientations, le résultat est que les fonctions ne sont pas attribuées selon les compétences et les aptitudes, mais en fonction de l’allégeance et de la sujétion. Nombre de responsables des vies et des biens des musulmans leurs affligent défaite après l’autre dans tous les domaines, et ce du fait que leurs responsabilités sont acquises par des voies sinueuses et sur des bases partisanes, régionales ou d’intéressements sans aucun regard aux compétences actuellement délaissées. 6. Conquérir les cœurs avant les nations : On a proposé au saint prophète la seigneurie et le pouvoir qui auraient pu lui faciliter la voie vers l’extension de l’Islam, mais il a compris par son incroyable sens que le pouvoir acquis par des voies douteuses, même s’il peut faciliter la propagation de l’islam, il ne permettrait pas de conquérir les cœurs. C’est pour cela qu’il a persévéré sur cette voie et a enseigné à l’humanité entière les méthodes idéales de se comporter avec les hommes et de les influencer. Il est à constater que les sciences humaines s’inspirent fortement de la vie du saint prophète, lui qui a dit : « Vous ne pourrez conquérir les hommes par l’argent, mais par votre comportement. », et il dit à Mouad quand il l’envoya au Yémen : « Prends garde de leur excès d’argent. ». Il disait également « Ne sous-estimez guère un acte de bonté, ne serait-ce que rencontrer les gens avec un visage apaisé. » Résumé : Le monde actuellement est devenu un petit village du fait du développement des moyens de communication. Le concept de mondialisation a dépassé toutes les frontières et ouvert toutes les portes. Cette ouverture englobe les biens, les pensées, les religions et les conceptions. Dans ce contexte, le rôle des musulmans est de profiter de cette ouverture pour communiquer les préceptes de l’islam à tout le monde et honorer le devoir d’information. Les sciences modernes ainsi que tous les nouveaux concepts socio psychologique sont de nature à faciliter l’illustration au monde de la grandeur et de la véracité des préceptes de l’islam issus du saint coran et de la sainte biographie du prophète. De ce fait, les musulmans ont essayé de trouver les concordances entre la science moderne et les textes sacrés pour relever leurs miracles. Nombre de chercheurs et théoriciens, occidentaux ou orientaux, se sont convertis à l’islam au fur et à mesure des nouvelles découvertes prouvant le miracle scientifique, prédicateur, psychologique, législatif …etc du coran et de la sunna. Sont apparues en parallèle des études modernes portant sur les conditions requises pour le succès de la réforme sociologique, ainsi que les dépenses et sacrifices nécessaires. Divers témoignages, même des non musulmans, attestent que les réalisations du saint prophète ne peuvent être reproduites. Si les communistes ont réussi à exporter les doctrines et les insanités de Marx, Lénine et Staline, malgré leur moindre importance, l’étude de la réforme sociologique dans la vie du saint prophète demeure cruciale pour démontrer la grandeur de l’Islam et du saint prophète, vu les coûts moindres engagés et les résultats extraordinaires obtenus. Il s’en suit que le miracle lié aux faits du saint prophète durant son existence est un moyen de démontrer la grandeur de l’Islam et de son prophète, et par là même, d’inciter les chercheurs dans les méthodes de réforme sociologique à adopter l’Islam, et de permettre aux musulmans d’avoir une meilleure connaissance à même de les sortir du gouffre où ils se trouvent. La présente intervention traite des réalisations du saint prophète pour valoriser l’humanité, et les causes ayant motivé ces réalisations. Ceci dit, elle reste à compléter par plus de recherches relatives aux phénomènes de changement de la vie des arabes et des musulmans après l’Islam et les causes résidant derrière. Traduction: Ibnousoufiane K. | ||
03 juin 2007
Le dernier Messager 2
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Le Messager : Période mecquoise, la première révélation
Extrait de « le phénomène Coranique » de Malek Bennabi, 1946, édité par "International Islamic Federation of Student Organizations". D'après oumma.com POur tout commentaire: elmanaoui@yahoo.fr « O Toi, homme couvert d’un manteau, Mohammed en est abasourdi et accablé à la fois parce que dans sa surprise, il réalise brusquement toute la portée de l’ordre inattendu qu’il reçoit. Khadidja le retrouve assis, plongé dans sa méditation. Etonnée de le trouver réveille, elle lui demande : « Pourquoi, O Abul-Kacem, ne dors-tu pas ? » Il lui répond douloureusement : « C’en est fait pour moi du sommeil : je n’ai plus le droit de me reposer. L’ange m’ordonne de prêcher... Mais qui croira en moi ? » Ainsi de même que la première crise avait eu un dénouement inattendu pour Mohammed, le dénouement de celle-ci semblait le surprendre encore davantage, et surtout l’accabler. Sa surprise lors de la première révélation et, cette fois, son accablement devant l’investiture inattendue qu’il recevait sous la forme d’un ordre, marquent, pour nous, deux états psychologiques particulièrement intéressants pour l’étude du phénomène coranique par rapport au « Moi » mohammadien. Il y a lieu de noter que l’étape de ce « Moi », entre les deux crises et les deux dénouements en question, n’était nullement marquée par une espérance messianique, mais seulement par la recherche d’un état de grâce entrevu lors de la première révélation. Il y a lieu, de noter, également, pour l’intervalle considéré, l’effort désespéré de Mohammed pour recouvrer cet état de grâce. Cet effort nous semble souligner en effet d’un trait caractéristique l’indépendance du phénomène coranique, par rapport au « Moi » de notre sujet. On ne saurait admettre évidemment que le second dénouement eut si tardé, s’il avait été lié seulement au subconscient d’un homme qui précisément, n’avait pas cherché à contenir et à refouler le phénomène en lui, mais avait, au contraire, tendu toute sa volonté, et tout son être, à favoriser sa manifestation. Ces détails psychologiques mettent tout le relief nécessaire à la résolution finale de Mohammed à accepter sa mission comme une investiture lui venant d’en Haut. Il l’accepte, en effet, et n’y faillira jamais, même pas sous les huées des enfants de la Mecque, ni sous les sarcasmes, les menaces et les coups des Koraïchites, comme Abou Lahab. Rien plus ne l’y fera renoncer : ni les intérêts sacrifiés de sa famille, ni les supplications de son vénérable oncle Abou Taleb. quand les Mecquois feront pression sur lui pour mettre fin au scandale de son neveu. On lui proposera même à cette occasion la plus honorifique position dans l’administration de la cité. Tout cela ne dévia pas Mohammed de sa voie fixée pour jamais depuis le dénouement de sa seconde crise. Quand son oncle vint lui faire les ouvertures des Koraïchites, en lui mettant sous les yeux les mesures draconiennes qu’ils envisageaient au cas où il refuserait. Mohammed répondit en fondant en larmes « Par Dieu, oncle, même s’ils (les Koraïchites) mettaient le soleil sur ma main droite et la lune sur ma main gauche, je n’abandonnerais pas cette mission, jusqu’à ce que Dieu la fasse triompher ou que je périsse en l’accomplissant ». Devant une telle résolution, le noble vieillard ne put qu’assurer son neveu de sa protection jusqu’au bout. De fait, les Koréïchites décidèrent la mise au ban de leur société de Mohammed et de tous les siens. Cette décision fut prise sous la forme d’un pacte mecquois affiché à l’intérieur de la Ka’aba. La famille frappée de cette excommunication était privée de tout lien avec la ville, même du commerce moral et du simple mariage avec les autres familles. La tradition rapporte que ce pacte aurait été rongé par les vers et que Mohammed en aurait eu la vision : les Koréichites auraient eu alors à reconsidérer leur attitude et à rapporter la loi d’excommunication. Quoi qu’il en soit, « le pacte maudit » était tombé en caducité, et la famille d’Abou Taleb était autorisée à rentrer de nouveau à la Mecque après de biens longues et dures épreuves. Mohammed reprit aussitôt sa méditation sur le parvis du temple sacré. Mais les grands de Koraïche organisèrent le complot du silence autour de sa prédication : ils interdisaient aux gens d’écouter la récitation du Coran. Mohammed voyait que le succès ne venait pas à sa prédication. Il décida de la porter plus loin, à Taïf. Mais là, il subit les pires humiliations et le plus dur traitement de sa carrière. La foule lui lança des pierres et sema des épines sur son chemin ; des enfants excités le poursuivirent de leurs huées. L’apôtre alla se réfugier sous le mur d’une clôture. Son cœur était ulcéré de tant d’incompréhension et de méchanceté. Mais son âme ignorait la rancune. Il leva seulement les yeux au ciel pour murmurer une prière empreinte de la plus pathétique ferveur que l’âme humaine ait pu jamais exprimer dans un pareil moment de détresse : « Je me réfugie en Toi, Mon Dieu, murmura-t-il, contre ma faiblesse et mon impuissance. Tu es le Dieu des faibles, mon Seigneur et mon Dieu. Si je ne suis pas l’objet de ta colère, je ne crains rien. Je me réfugie dans la lumière de ta face qui affermit le monde et l’au-delà du monde. Il n’y a de force et de secours qu’en toi ». Après ce pénible échec, le Prophète s’en retourne à la Mecque. Mais là une autre épreuve plus douloureuse l’attend : la mort vient lui enlever son unique protecteur, son oncle Abou Taleb. Mais la scène de cette agonie nous laissera de précieux détails historiques pour le portrait psychologique de Mohammed à cette époque. C’était, en effet, pour lui, l’instant le plus terrible de sa carrière. Sa piété filiale se conjuguait au souci du Prophète pour sauver une âme particulièrement chère qui refusait obstinément le salut. Le neveu est épouvanté à la pensée que son oncle mourra idolâtre. Minute bouleversante pour lui, en qui parle le prophète qui veut, coûte que coûte, sauver l’âme de celui qui fut le meilleur des pères pour lui. La voix entrecoupée de sanglots, il implore en vain le vieillard mourant de confesser l’Islam. Mais, ramassant ses ultimes forces, ce dernier répond « Fils de mon frère, je me rendrais volontiers à ton désir si je ne craignais le déshonneur ; mais je ne veux pas laisser croire aux Koraïchites que la peur de la mort m’aura converti à l’Islam ». Et le neveu eut l’inconsolable douleur de voir son cher oncle partir de cette vie sans avoir quitté l’idolâtrie de ses pères. Mais une autre perte plus douloureuse encore devait l’endeuillir bientôt. Peu de temps après, en effet, Mohammed perdait sa tendre et vertueuse compagne. Cette double disparition le touchait dans ses plus profonds sentiments d’homme, et l’atteignaient tout autant dans les intérêts de sa mission : il perdait, avec son oncle et son épouse, l’appui moral et matériel qu’il possédait à la Mecque. D’ailleurs, son séjour va tout de suite y devenir impossible. Les Koraïchites, que le prestige personnel d’Abou Taleb retenaient jusque là, se déchaînaient maintenant. Ils voudraient la mise à mort de Mohammed pour sauver leurs intérêts politiques et leurs privilèges commerciaux parmi les tribus arabes. Un complot se tramait : toutes les tribus devaient y mettre la main, afin que le sang de la victime ne retombât sur aucune en particulier. « Lis au nom de Dieu créateur qui a créé l’homme d’une « adhérence ». Ce fut pour Mohammed et pour l’histoire la première manifestation du phénomène coranique qui va embrasser les vingt-trois dernières années de la vie du Prophète. Dés cet instant, le Prophète illettré a l’impression « qu’un livre venait d’être imprimé dans son coeur ». Mais il ne lui est pas permis de le feuilleter à loisir et de le parcourir à sa guise : il lui sera révélé au fur et à mesure des besoins de sa mission. Parfois, la révélation tarde, même quand un cas urgent presse cependant : soit qu’une décision est à prendre ou qu’une loi est à formuler dans tel cas précis soumis à l’arbitrage de Mohammed, la révélation se fait attendre. Au début surtout - précisément après la première révélation que nous venons de citer - Mohammed attendra bien longtemps, plus de deux ans, avant de revoir son étrange visiteur, et d’entendre sa voix. Il en est désespéré, le doute s’empare de nouveau de son esprit épris de certitude : il croit avoir été abusé par ses sens, ou bien il se voit abandonné de la puissance dont il s’était cru guidé un instant. Cette incertitude est douloureuse pour son âme. Elle s’y glisse comme un reptile venimeux qui enlace ses pensées et ses sentiments, brisant d’un serrement d’anneau l’élan instinctif de cette âme vers une certitude positive. De nouveau : moments douloureux, minutes pathétiques pour Mohammed qui cherche désespérément autour de lui et en lui-même la source mystérieuse d’où avait jailli le premier verset du Coran. Appel désespéré d’une âme tourmentée, d’une conscience douloureusement troublée, appel à une voix qui ne répond ou qui ne veut plus répondre : toujours le silence pendant plus de deux ans. L’esprit de Mohammed s’agite en vain dans le débat de son cas singulier, sans en trouver l’explication. Il sombre dans la lassitude et le corps rompu, par une extrême tension nerveuse, il s’anéantit comme une chose inerte dans le sommeil. Sur lui veille un ange gardien : Khadidja. Période mecquoise, l’apostolat C’est après un de ces moments de profond abattement. Mohammed dort. Son épouse, avec des mots pleins de sollicitude maternelle, vient de calmer pour un instant sa crise, et après l’avoir revêtu de son manteau, l’invite à se reposer. Il dormait comme un enfant qui vient de pleurer, le cœur gonflé d un gros chagrin. A son tour, l’inquiétude de la tendre épouse est apaisée par la respiration calme du dormeur. Elle sort doucement pour éviter de le réveiller. Mais la voix du Mont Hira retentit soudain aux oreilles du dormeur qui se relève fébrilement. Mohammed a maintenant quarante ans. Le rideau se lève de nouveau sur son histoire ; mais nous le retrouvons dans une profonde crise morale. Depuis quinze ans, il n’avait été qu’un simple Hanif partageant son temps, selon son mot même, entre l’adoration de Dieu et la contemplation de son oeuvre sublime. Le ciel profond qui couvre de son dôme d’azur le paysage embrasé du Djebel En-Nour, attire encore son regard, comme jadis il attirait celui de l’enfant, devant la tente de la nourrice. Mais Mohammed n’est pas un esprit systématique à la recherche d’une théorie sur les origines et l’harmonie de l’univers, ni un caractère inquiet à la recherche d’une certitude. Sa certitude, il l’a eue depuis toujours et surtout depuis sa retraite : il croit au Dieu unique d’Abraham. C’est bien à tort, nous semble-t-il, que la critique moderne, M. Dermenghem notamment, voit dans cette phase une période de recherche et d’inquiétude : une sorte d’adaptation et d’incubation chez Mohammed. Bien au contraire, les documents de l’époque prouvent que le problème métaphysique ne hantait pas sa conscience, puisqu’il en avait d’ores et déjà la solution, en partie intuitive et personnelle et en partie atavique, parce que sa foi au Dieu unique vient du lointain ancêtre Ismaël. Cette remarque est essentielle pour l’étude du phénomène coranique par rapport à un « Moi » mohammadien tel qu’il résulte réellement des données historiques. Il convient de signaler, particulièrement, qu’aucune préoccupation personnelle ne hante ce contemplatif solitaire absorbé dans le problème religieux, à la manière des mystiques de l’Inde ou des Soufis de l’Islam et à la recherche d’une simple morale plutôt que d’une vocation. Entre son « Moi » et la réalité métaphysique qu’il contemple, on ne peut établir, en ce qui concerne cette époque du moins, le lien d’une pensée systématique. Ce n’est pas là une simple affirmation, mais la définition du seul état de ce « Moi » compatible avec toutes les autres conditions psychologiques telles qu’elles se dégagent de l’histoire du personnage et du témoignage rétrospectif du Coran. Cependant, vers la quarantaine, on le retrouve avec une préoccupation dominante, douloureuse même : il doute. Il ne doute pas de Dieu - sa certitude à cet égard n’a jamais failli - mais il doute de lui-même. Pourquoi et comment ce doute est-il venu à son âme ? Pourquoi, dans le champ de sa contemplation, trouve-t-il maintenant l’ombre de sa personne, le spectre de son « Moi », se profiler sur le fond de ses médications religieuses jusqu’à en devenir presque le point central ? La tradition, occupée des seuls détails chronologiques de la vie de Mohammed, ne fournit aucun renseignement sur cet état psychologique pourtant capital. Mais nous avons toutefois dans le verset cité plus haut (1) et dans la réplique de Mohammed à Khadidja, lors des ouvertures de leur mariage, la réponse au problème que pose pour nous l’état d’âme dans lequel nous le retrouvons vers la fin de sa retraite. Sans nous apporter toute l’explication du doute mohammadien, le verset et le détail biographique cités, attestent néanmoins que ce doute ne résulte pas d’une téméraire espérance, d’une folie égocentriste, d’une hypertrophie du « Moi » chez Mohammed. On est obligé d’y voir la conséquence d’un état subjectif accidentel dans lequel le prophète s’était trouvé soudain avec la prescience, le pressentiment de quelque chose d’extraordinaire touchant à son propre destin. A quoi attribuer ce pressentiment qui plane maintenant en lui, en écorchant d’une façon aussi douloureuse la nature positive de son esprit ? Simple élaboration du subconscient ou intuition d’un proche et extraordinaire dénouement ? Certaines espèces animales ont l’instinct des phénomènes et des bouleversements qui doivent, dans un proche avenir, affecter les lieux qu’ils habitent. Telles fourmis de l’Amérique quittent leurs lieux à la veille où il va s’y déclarer un incendie. Dans le Sud Constantinois, une espèce de rongeurs quitte ses terriers dans les lits des oueds, à la veille des grands orages. Mohammed avait-il, de la même manière, la prémonition du phénomène coranique qui allait bientôt l’embrasser et submerger tout son être ? Quant à y voir une élaboration du subconscient, il faudrait pouvoir expliquer par là toute la matière du Coran et sa pensée discursive ainsi que l’aspect phénoménal de sa manifestation chez Mohammed, Or, comme on le soulignera plus loin, cela n’est point possible. Toutefois, Mohammed va s’ouvrir de ses angoisses à sa douce épouse ; il se plaint à elle amèrement : il se croit fou, possédé, se juge l’objet de quelque sortilège maléfique. La noble Khadidja le console et le rassure « Dieu », lui dit-elle, « n’abandonne pas l’homme qui n’a jamais menti, qui assiste l’orphelin et secourt le faible, Dieu ne l’abandonne pas à la dérision des démons ». Dans ces propos historiques, apparaît indiscutablement la notion du « Dieu Unique » qui devait être courante dans le milieu familial de Mohammed, dés avant sa vocation. Cette constatation permet de déduire par recoupement la conviction personnelle de Mohammed sur ce point durant sa retraite et elle ajoute ainsi une donnée essentielle pour le portrait psychologique qu’il s’agit de dessiner. De toute façon, après ces apaisements, Mohammed reprenait régulièrement le chemin de sa retraite où il était de nouveau assailli par le doute et gagné par le trouble irritant qui caractérisent tous ses états d’âmes vers cette époque. Maintenant, encore plus, car il sent une présence comme une ombre qui rôde autour de lui. Il sort de sa retraite, il arpente fébrilement les sentiers embrasés du Djebel En-Nour ; il étouffe de l’inconnu qu’il sent suspendu à son âme ; il n’en veut plus. Le voici penché sur un ravin ; il voit une issue à son drame... au fond de l’abîme. Il va pour se délivrer de son obsession, et fait un pas en avant. Mais plus prompte que son geste, une voix l’arrête : « O Mohammed, tu es le Prophète de Dieu ». Il lève la tête : il voit l’horizon irradié d’une éblouissante lumière. Il est bouleversé, ébloui. Il se tourne d’un autre côté, mais l’apparition ne quitte pas le champ de sa vue : elle est partout, aux quatre points cardinaux. Il tombe évanoui. S’étant réveillé, il s’enfuit vers la Mecque. Il retrouve sa douce confidente. Elle est surprise de son air dramatique, de son état fébrile : lui si soigneux, qui ne négligera jamais un détail de sa toilette, est là maintenant avec les cheveux ébouriffés, la mine défaite, les vêtements en désordre. La douce Khadidja surmonte son propre émoi, soigne son époux et avec de nouvelles paroles ramène la paix dans son âme bouleversée. Il reprend le chemin du djebel En-Nour. La nuit vient sur sa retraite au Ghar Hira. Il s’endort quand une perception inconsciente le réveille : Il sent une présence. Devant ses yeux, il aperçoit maintenant « un homme vêtu de blanc L’inconnu s’approche de lui et lui dit - Lis. Je ne sais pas lire, répond Mohammed, qui voudrait s’éloigner, fuir l’ensorcellement de la voix qui répète - Lis. - Je ne sais pas lire, répond encore Mohammed. - Lis, répète de nouveau la forme immatérielle qui sera désormais l’assidu visiteur du Prophète. |
06 mai 2007
Le dernier Messager
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Par Malek Bennabi Dans l’étude du phénomène coranique, on ne saurait se passer de la connaissance aussi exacte que possible du « Moi » mohammadien. Cette donnée y est aussi nécessaire que l’est un système de repères dans l’étude des propriétés analytiques d’une fonction géométrique. Le phénomène à examiner est, en effet, lié à la personne de Mohammed et, pour conclure sur la nature de ce lien, un premier pas serait d’établir un critère préliminaire constitué par tous les éléments propres à éclairer un « moi » qui est objet, témoin et juge en la matière. Par conséquent, il y a lieu de s’entourer quant à ce témoin et à ce juge, des garanties qui nous permettent d’accorder le crédit nécessaire à son témoignage et à son jugement. Cela ne nous empêchera pas de faire, d’autre part, un second pas et un second critère nous permettant de juger directement par nous-mêmes du phénomène. Mais pour le moment, il est naturel de se poser, au sujet du témoin, les questions qu’on se pose ordinairement relativement au crédit moral et intellectuel de celui dont on voudrait enregistrer le témoignage. En particulier, sa lucidité d’esprit et sa sincérité ne doivent faire aucun doute pour être utilisables comme éléments historiques essentiels du problème. Dans ce but, peut-être faudrait-il exposer tous les détails de la vie de Mohammed : chaque détail étant susceptible de fournir une donnée intéressant ce critère. Mais nous n’estimons pas nécessaire d’accrocher dans une galerie déjà très riche, un nouveau portrait de Mohammed. Le lecteur qui voudrait satisfaire le désir légitime de mieux connaître la figure prodigieuse de cet homme, a le loisir de consulter les nombreuses « Sirat En-Nabi » de l’école traditionaliste (voir Ibn Ishâq, Ibn Mess’ud, etc…) où les études biographiques sorties des imprimeries modernes. Pour nous, il s’agit surtout d’esquisser un portrait psychologique dans lequel le détail biographique n’importe que sous ce rapport-là. Cette mise au point étant faite, la vie de Mohammed présente à nous comme deux étapes successives : l’époque précoranique s’étendant sur une durée de quarante ans, et l’époque coranique embrassant tout le laps de la révélation, soit vingt trois années. D’ailleurs, chacune de ces étapes est marquée par un événement capital qui y introduit une césure importante, la partageant en deux périodes secondaires. En effet, le mariage avec Khadidja constitue, relativement à l’époque pré coranique, une solution de continuité remarquable puisque le futur prophète va s’absorber, semble-t-il, dans une retraite mystique jusqu’à la nuit mémorable de la révélation. De même, la « Hidjra » apportera-t-elle dans l’époque Coranique, la coupure qui va séparer l’ère de la simple prédication de celle des triomphes militaires et politiques qui ouvriront au jeune empire musulman, la scène de l’histoire. Nous allons examiner très sommairement ces périodes successives, en notant pour chacune d’elles les événements qui ont pu marquer la personnalité de Mohammed ou qui ont pu être marqué par elle afin d’éclairer autant que possible la nature du n entre le « Moi » mohammadien et le phénomène coranique. Époque pré-Coranique, l’enfance et l’adolescence jusqu’au mariage Une pieuse tradition commune à tous les peuples a toujours entouré de légende le berceau et la tombe des hommes prodigieux. La tradition musulmane a, elle aussi, entouré le milieu familial, la naissance et l’enfance de Mohammed, de miracles annonciateurs de sa prodigieuse et unique destinée. Mais il n’est pas nécessaire de s’inquiéter de leur degré d’historicité puisqu’ils ne concernent pas directement notre sujet. Nous porterons plus d’attention aux détails qui vont révéler peu à peu le caractère particulier de cet enfant qui ne cessera d’être, pour la douce Halima, sa nourrice, un sujet de joie et d’inquiétude à la fois. L’enfant pousse chez elle comme une plante robuste du désert. Mais alors qu’il est encore au sein, il pleure chaque fois qu’on découvre sa nudité pour la toilette. Pour arrêter ses pleurs, sa nourrice n’avait qu’à le sortir, quand c’était la nuit, devant la tente :l’enfant aussitôt était absorbé par le paysage nocturne du firmament qui semblait exercer une irrésistible attraction sur ce regard où perlait encore la dernière larme. L’enfant, grandi, va jouer maintenant dans les parages de la tente avec ses frères de lait. Cependant, un épisode se produisit certainement qui changea le cours de la vie pour l’enfant. Quel était au juste cet événement ? Un jour, dit-on, l’un des frères de lait du nourrisson était rentré essoufflé pour raconter, en bégayant, à la pauvre Halima effrayée, un épisode bizarre qui serait survenu à Mohammed. Celle-ci, bouleversée, serait partie sur le champ à la recherche et à la rencontre de son nourrisson qui lui aurait confirmé son aventure : « Deux hommes vêtus de blanc, aurait-il dit, s’étaient saisis de moi et, m’ayant ouvert la poitrine et le cœur, m’en ont extirpé comme un grumeau noir » (N. D. L. - Aucune source historique ne confirme cette anecdote). La tradition voit dans cette scène l’extirpation symbolique du péché originel. Et certains exégètes y rapportent les versets suivants « Ne t’avons-nous pas ouvert le cœur et ne t’avons-nous pas déchargé du fardeau qui accablait tes épaules ? » (CORAN XCIV - V. 1, 2.) Toujours est-il que Halima avait ramené l’enfant à la Mecque alors qu’il avait quatre ou cinq ans. Que pouvait-il avoir gardé dans son esprit de ce stage à la vie païenne et bédouine ? Rien, assurément, qui ait pu imprégner son « Moi » en vue de la vocation future. Mais, peu après, la mort de sa mère Amina survenant, et l’enfant n’ayant plus de toit paternel, son grand-père Abd-El-Muttaleb le recueille. Peu après, la mort frappe encore ce vieillard, et !’enfant est confié à son oncle paternel Abou Taleb, le père d’Ali. Mohammed avait alors sept ou huit ans. Son tuteur, dans le foyer duquel, l’abondance ne régnait pas, s’occupait comme guide et intendant des caravanes mecquoises. Il allait ainsi périodiquement vers les centres syriens pour troquer les produits de l’Inde et du Yémen contre ceux des pays méditerranéens. C’est ainsi qu’à l’occasion d’un de ces départs de caravanes, Mohammed, alors âgé de onze ou douze ans, supplia son oncle de l’emmener. Mais ce dernier refusa, ne désirant pas s’embarrasser d’un aussi jeune compagnon dans un voyage long et pénible. Cependant, l’enfant insista, fondit en larmes et se jeta dans les bras de son tuteur qui céda finalement devant une demande aussi émue. Donc, voilà pour Mohammed l’occasion d’entrer en contact, pour la première fois, avec le monde extérieur. Jusqu’à douze ans, il avait ainsi vécu exclusivement dans un milieu arabe idolâtre, en gardant, dans les environs de la Mecque, les quelques chameaux de son oncle. C’est dire que jusque là aucune circonstance particulière d’ordre culturel n’avait encore marqué son existence d’orphelin vivant pauvrement Mais ce voyage inopiné va mettre sur le chemin de l’enfant le premier incident qui intéressera directement la future vocation. En effet, quand la caravane eut atteint la ville de Bosra, en Syrie, le supérieur d’un monastère des environs fit un chaleureux accueil à la caravane des étrangers et leur accorda l’hospitalité chrétienne. Prenant ensuite à part l’oncle de Mohammed, le prêtre, que l’histoire nommera Bahira, lui dit « Retourne avec ton neveu à la Mecque... L’avenir présage des événements glorieux au fils de ton frère ». Abou Taleb avait-il accordé de l’importance à ce banal incident de voyage et en avait-il même fait part à son neveu, lui, qui devait mourir sans vouloir confesser l’Islam jamais ? En tout cas, le chef de la caravane mecquoise dut d’abord s’acquitter de sa mission commerciale avant de reprendre le chemin du retour. Quant à l’enfant, l’incident ne sembla pas avoir rien changé à sa manière de vivre comme tous les jeunes koréïchites. La tradition, si attentive aux faits de son histoire, n’avait rien noté de particulier depuis cet incident historique qui pu déceler quelque chose comme un « chemin de Damas » pour le futur prophète. Mohammed a atteint l’adolescence dans sa ville natale où il se mêle maintenant à la jeunesse en subissant même ses tentations, sans y succomber pourtant. Les occasions de débauche n’y manquent pas cependant. Les lanternes rouges accrochées aux portes des courtisanes attirent cette jeunesse mecquoise, passionnée pour les armes, le charme féminin et la poésie. On s’enivre, rêvant aux prouesses d’Antar et aux aventures amoureuses d’Amrou El-Kais. Chacun nourrit l’espoir d’immortaliser son nom en accrochant un jour une « mo’allaquat » aux parois de la « Kaaba ». Mohammed est emporté dans ce tourbillon. Parfois même, il ressent l’aiguillon de ses jeunes sens : il se dirige lui aussi vers le haut quartier de la ville, vers... une lanterne rouge. Mais toujours un incident fortuit vient l’en détourner. Sur ce point, ce n’est plus la légende qui parle, mais le témoin lui-même, c’est-à-dire l’histoire fondée sur les hadiths authentiques D’ailleurs nous possédons sur ce point, un recoupement intéressant : le futur prophète rencontre certainement dans le tourbillon de cette jeunesse, plusieurs de ses futurs compagnons qui devinrent dans la suite, comme Omar, les champions, les héros et les martyrs de sa cause. Il y a dans ce recoupement historique, un témoignage tacite des plus illustres noms de l’histoire musulmane, les « Walid » les « Othman » etc, qui portaient déjà sur le futur prophète un jugement laconique mais combien éloquent : El Amin. Il était à leurs yeux, dés cette époque, le fidèle, le sûr (Amin), et ce témoignage historique apporte pour le portrait psychologique que nous envisageons, un détail précieux. Cependant, cette existence normale et simple se continue pour Mohammed sans rien de particulier dans sa trame quotidienne jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Mohammed est encore célibataire : il n’a pas su se marier, car pour prétendre à la main d’une honorable mecquoise, il aurait fallu verser une dot importante que ne lui permettait pas sa très humble condition. Epoque pré-Coranique, Le mariage et la retraite Cependant, à l’âge de vingt-cinq ans, un esclave nommé Maissarra vint lui faire des ouvertures de mariage. Il s’agissait d’une riche et noble veuve de la Mecque, nommée Khadidja. Mohammed refusa en faisant valoir sa trop modeste situation par rapport à la position considérable de l’épouse qu’on lui proposait. Mais l’émissaire, intelligent, avait su apaiser ses scrupules : Khadidja étant d’ailleurs intervenue elle-même pour le décider. Nous devons même à cette intervention un détail précieux pour l’histoire du phénomène coranique. Il devait sans doute exister à la Mecque, vers cette époque-là, une psychose particulière, comme il y en a toujours eu partout à la veille des événements importants comme la guerre par exemple. Les Mecquois s’attendaient au prophète promis dans la postérité d’Ismaël. Voilà donc marié cet homme « privé des biens de la fortune » mais doué de « vertu et de grandeur d’âme ». Ces traits correspondent bien à la physionomie d’El Amin, et coïncident, de toute façon, avec le portrait historique du héros de la plus grande épopée le l’histoire religieuse. Mais voici que son existence normale va brusquement changer : Mohammed va se retirer de la société mecquoise, s’écarter de son milieu, se recueillir dans une retraite qui aura son dénouement au Mont Hira. Quel bagage spirituel et intellectuel avait-il pu emporter dans cette retraite d’où jaillira, quinze ans plus tard, la lumière coranique ? Nous savons qu’à son époque, les mœurs païennes de son milieu se superposaient à un vieux ton de monothéisme traditionnel qui se reflète d’ailleurs assez bien dans la Khitba d’Abou Taleb. Mais ce monothéisme atavique n’implique aucun culte particulier : la Ka’aba était surtout le temple des idoles ou la scène politique des familles patriciennes. Quand à la vie culturelle de la Mecque, elle s’était depuis longtemps organisée selon la règle d’un syncrétisme intertribal : Hobal, El-Lat, Uzza, es arabes, ni leurs coutumes, surtout guerrières. Cela explique ’ailleurs la lutte âpre qui s’engagera bientôt entre les tenants de et ordre djahilien et l’Islam naissant. Même ce vénérable et oble koréïchite qu’était Abou Taleb, dont on vient de citer les aroles si nobles et si élevées de sa « khitba », mourut sans abjurer cependant les idoles, malgré les supplications désespérés de son neveu. Telle était la vague idée que le futur prophète pouvait avoir emporté dans sa retraite sur la religion de l’ancêtre Abraham. Il faut ajouter, toutefois, que cette religion avait survécu dans un état plus pur chez quelques mystiques qu’on nommait à époque : « les Hanifs ». Ces « hanifs » étaient des hommes assez curieux qui se séparaient de l’idolâtrie de leur époque pour se consacrer à l’adoration d’un Dieu unique (1). Mais la vie mystique de ces ascètes ne s’accompagnait d’aucune règle particulière ni d’aucune forme liturgique. A fortiori, ne devaient-ils point avoir de filiation spirituelle avec une secte quelconque des Écritures. La chronique de l’époque ne signale aucune église à la Mecque ni aucune synagogue ni de Monastère dans les environs. Les « hanifs » se retiraient simplement dans quelque lieu solitaire sans rompre d’ailleurs tout à fait avec le siècle. Pour seule règle mystique, ils pratiquaient le « Zuhd » ou renoncement, ce qui indique assez l’empreinte du désert sur leurs âmes. En effet, le « Zuhd » est dans le tempérament même du Bédouin dont la fortune est constamment à la merci d’une sécheresse ou une razzia. Dans les mots mêmes qu’Abou Taleb a prononcés l’occasion des fiançailles de Mohammed sur les « les biens qui ne sont qu’un dépôt qu’on rendra tôt ou tard » s’exprime bien plus l’âme du désert que l’esprit des couvents. L’effort mystique des « hanifs » ne tend ni vers la morale chrétienne ni vers la légalité mosaïque, mais vers quelque chose comme une simple discipline individuelle dont nous trouvons expression morale la plus sublime dans les poésies de Kuss, lequel - si même il avait été chrétien comme on le dit - n’a laissé pour l’histoire que des vers étincelants du plus pur génie du désert. Mais, apparemment, l’empreinte abrahamique était encore assez sensible dans le milieu djahilien à cette époque, puisqu’il surgissait, ça et là, un « hanif ». Mais cette empreinte est uniquement de tradition arabe, et n’avait rien de commun avec ta pensée judéo-chrétienne dont le courant spirituel avait pris naissance bien longtemps auparavant, avec le premier mouvement prophétique en Israël, c’est-à-dire avec Moïse. Même de nos jours, après treize siècles de cette culture islamique qui a forcément imprimé son caractère à l’esprit arabe du désert, le folklore monothéiste n’y est pas encore tellement répandu, et beaucoup de musulmans du Nord du « Nejd » ignorent encore assez la chronologie judéo-chrétienne (2). Par conséquent, il n’est pas logique de supposer aux « hanifs » plus de connaissances qu’à nos contemporains, sur le courant de pensée et l’histoire du monothéisme. Il est facile d’imaginer, avec quel maigre viatique, avec quelles notions ordinaires et dans quelles intentions normales, Mohammed va, après son mariage, s’isoler de son siècle, comme le faisait le « hanif » de son époque. Il est toutefois utile de préciser que les conditions que nous venons de noter sont d’autant plus certaines dans le cas de Mohammed, qu’il était « Ummi » : un analphabète à qui, par conséquent, aucune information religieuse écrite n’était possible. C’est là, d’ailleurs, une remarque superfétatoire, puisque comme nous le montrerons plus loin, cette source écrite elle-même faisait défaut. Maintenant, sur cette retraite de quinze années, quels renseignements avons-nous ? A part quelques détails biographiques, relatifs à la vie conjugale et familiale de Mohammed, nous ne savons rien quant à l’organisation de sa vie spirituelle à cette époque. Va-t-il se plonger dans une profonde méditation du problème religieux, guidé par une sorte d’intuition de la future vocation ? L’éminent orientaliste Dermenghem a répondulà-dessus d’une façon affirmative. Mais cette réponse nous semble plutôt due à l’imagination de l’auteur qui n’avait pas apparemment recueilli sur ce point, un témoignage historique pourtant inattaquable, celui du Coran. Or, ce livre nous dépeint rétrospectivement l’état d’esprit chez Mohammed avant la révélation dans les termes suivants : « Tu n’aspirais pas certes à recevoir le Coran. Ce n’est qu’une faveur de ton Dieu. Ne prête point d’appui aux incroyants ». (Cor. XXVIII. - V. 86). Qu’est-ce à dire, sinon que Mohammed ne nourrissait aucune espérance à un rôle messianique pour lui-même, ni avant ni pendant sa retraite. C’est pourtant bien la signification psychologique du verset dont la portée historique a échappé à M. Dermenghem bien qu’il n’ait jamais douté de l’historicité du Coran. Il faut noter d’ailleurs qu’une telle signification n’est liée qu’à une seule condition nécessaire et suffisante : la sincérité absolue de Mohammed. C’est précisément le but de ce critère d’établir cette condition préalable essentielle afin de voir dans le Coran, en plus de son caractère historique certain, un miroir rétrospectif, quelque chose comme un rétroviseur, dans lequel nous pouvons saisir, par réflexion, les divers états qui ont marqué l’histoire intime du « Moi » mohammadien. En sorte que nous pouvons voir dans le verset ci-dessus, la peinture exacte de l’état d’âme chez Mohammed à l’époque du Ghar Hira. Il n’y a donc aucune raison de prêter au fidèle « El Amin » une intention apprêtée de préméditer, au moment où il va se retirer du monde, après son mariage. Les conclusions du présent critère renforceront, chemin faisant, ce jugement anticipé. Il y a cependant un point obscur : les historiens modernes s’étonnent que la tradition possédât si peu de renseignements sur cette retraite qui est pourtant la période capitale - au point de vue psychologique - pour l’histoire de la future vocation. En effet, nous ne possédons que très peu de détails là-dessus. Mais il n’y a rien d’étonnant à cela : l’histoire ne pouvait que suivre les traces du futur prophète dans la mémoire de ses contemporains. Or, il s’est précisément effacé et dérobé aux regards de son temps pour demeurer durant quinze ans le solitaire de la Mecque ou du Mont Hira. Et nous trouvons dans sa discrétion sur ce point, la preuve que la tradition parfois accusée de majorations - est au contraire d’une parfaite circonspection, quand les détails historiques lui font réellement défaut. Faute de ces détails, pour nous-mêmes, nous sommes obligés de recourir aux recoupements et aux documents psychologiques fournis par le Coran. Nous justifions cette position par la pérennité du « moi » mohammadien durant toutes les étapes de sa vie, depuis la scène de son mariage, qui nous a permis de recueillir quelques données positives sur ce moi. Or, cet homme, qui s’est éclipsé de la scène de l’histoire durant quinze ans, va y reparaître pendant vingt-trois ans pour vivre, penser, parler et agir plus que jamais en pleine lumière. En effet, nous connaissons, en ce qui concerne la période coranique, même jusqu’aux détails futiles de sa vie conjugale grâce à cette tradition, tout à l’heure si discrète. Il est donc possible d’éclairer les traits essentiels de sa retraite par les recoupements de sa vie ultérieure. Or, c’est Mohammed lui-même qui nous indiquera plus tard sa manière d’employer son temps. En-Nawawi rapporte en effet le hadith suivant : « Le croyant doit partager sa vie entre l’adoration de Dieu, la contemplation de son oeuvre et l’effort quotidien pour assurer son existence terrestre ». Si nous admettons la pérennité du « Moi » mohammadien, voilà donc tracé pour nous le programme de vie que devait suivre Mohammed, notamment dans la période de sa retraite. D’ailleurs les habitudes se fixent plus particulièrement chez l’adolescent pour se refléter par la suite dans toute sa vie, et c’est, pensons-nous, le cas pour Mohammed, quand son épouse Aicha lui fera plus tard une remarque empreinte du souci de sa santé sur ses très longues stations debout, dans ses prières surérogatoires. C’était là, certainement, une habitude fixée chez le prophète depuis l’époque de sa retraite. Donc, si le Prophète accordait une si large part à la prière dans son emploi du temps, alors que les soucis des détails matériels de sa mission le pressaient, combien plus librement ne devait-il pas s’y consacrer quand il n’avait encore à faire face à aucun détail de la vie matérielle et publique. Par conséquent, il n’y a pas lieu de s’étonner de trouver si peu de documents sur cette période de sa vie qui était positivement sans histoires. Ce n’est que vers la fin de cette période que les échos de cette retraite parviendront au monde extérieur avec la nouvelle sensationnelle de la venue du Prophète attendu. Notes :
Extrait de « le phénomène Coranique » de Malek Bennabi, 1946, édité par "International Islamic Federation of Student Organizations" |
Biographie du Prophète
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Écrit par le savant Moubarakfouri Dés qu’on eut pris l'injuste décision d’assassiner le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) Jibril descendit et vint informer celui-ci, par révélation de son seigneur, du complot des Kouraichites. Il l’informa aussi qu’Allah lui ordonnait de sortir et qu’il lui avait précisé le moment de son émigration en ces termes : « Cette nuit, ne dors pas dans ton lit, comme d’habitude ». A midi, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) alla voir Abou Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) pour définir avec lui les étapes de l’émigration. A cet égard, Aicha (qu’Allah soit satisfait d’elle) dit : « Pendant que nous étions assis chez Abi Bakr à midi pile, quelqu’un dit à celui-ci : « Voici le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui arrive, à un moment où d’habitude, il ne venait pas par ici ». Abou Bakr dit : « Par Allah ! Ce qui l’amène par ici à pareille heure est important ! « Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) arriva, demanda la permission d’entrer, se la fit accorder, entra et dit à Abi Bakr : « Sors de chez toi » ! Abou Bakr lui dit : « je jure que ceux-ci sont plutôt de ta famille ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) reprit : « On m’a donné la permission de sortir ». Abou Bakr s’enquit : « Je t’accompagne ? ». Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) répondit : « oui ». Après la définition des étapes de l’émigration, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rentra chez lui attendant la tombée de la nuit ». Encerclement de la maison du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) S’agissant des grands malfaiteurs des Kouraichites, ils passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan monté et approuvé par le parlement de la Mecque, le matin même. A cette fin, onze principaux malfaiteurs avaient été choisis, à savoir : Abou Jahl ibn Hichâm, Al-Hakam ibn Abil-As, Okba ibn Abi Mouait, An-Nadr ibn Al-Hârith, Omayya ibn Khalaf, Zomaa ibn Al-Aswad, Touaaima ibn Adi, Abou Lahab, Oubai ibn Khalaf, Nabih ibn Al-Hajjâj et le frère de Nabih : Monabih ibn Al-Hajjâj. Ibn Ishâk dit : « Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent devant la porte de sa chambre attendant qu’il sorte pour sauter sur lui. Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait l’habitude de dormir pendant la première partie de la nuit pour se réveiller à la moitié ou aux trois quarts de celle-ci et se rendre à la sainte mosquée où il se mettait à prier. Les malfaiteurs avaient la ferme conviction que leur sale complot réussirait. Ils étaient tellement confiants qu’Abou Jahl, dans sa vanité et son orgueil dit ; s’adressant à ses compagnons encerclant la maison, avec moquerie et persiflage : « Mohammad prétend que si vous le suivez dans ce à quoi il vous appelle, vous serez ressuscités après votre mort pour jouir de paradis pareils à ceux d’Al-Ordon. Sinon, selon lui, il vous égorgera après quoi vous serez ressuscités pour brûler dans un feu qu’on vous aura préparé ». L’heure de la réalisation du complot était au-delà de minuit au moment où le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sortirait de chez lui. Les malfaiteurs veillèrent, dans l’attente de l’heure prévue. Cependant Allah déjoua leur complot, Lui qui détient le royaume des cieux et de la terre, Lui qui fait ce qu’Il veut, qui protège et que rien ni personne ne protège. Il avait réalisé ce dont il avait parlé à son Messager (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « (Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir. Ils complotèrent. Mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes. » Sourate le butin verset 30. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) quitta sa maison. Malgré tous leurs préparatifs, les Kouraichites essuyèrent un échec lamentable dans la réalisation de leur complot. Cette nuit-là, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit à Ali ibn Abi Tâlib : « Dors dans mon lit ! Enveloppe-toi dans mon manteau vert de Hadramaout. Dors-y. Ils ne te feront rien de mal ». C’est dans ce manteau que dormait toujours le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) . Ainsi Ali ibn Abi Tâlib dormit dans son lit, le remplaçant pour cette nuit-là. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sortit, traversa leurs rangs et prit une poignée de sable qu’il répandit sur leur tête. Allah leur avait voilé les yeux. Il dit : « et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; Nous les recouvrirons d' un voile : et voilà qu' ils ne pourront rien voir. » Sourate 'Ya sin' verset 9. Il n’y eut aucun d’eux à qui il ne mit du sable sur la tête avant d’aller chez Abi Bakr. Ensemble, et dans la nuit, ils sortirent par un soupirail dans la maison d’Abi Bakr et rejoignirent la grotte de Thawr, en direction du Yémen. Les assiégeants continuèrent à attendre l’heure de commettre leur forfait. Peu avant ce moment, il se rendirent compte de leur échec et furent frappés de déception. Quelqu’un n’appartenant pas à leur milice les avait trouvés en train d’attendre devant la porte et leur dit : « Qu’est-ce que vous attendez ? » Ils répondirent : « Mohammad ». L’homme reprit : « désolé ! Vous l’avez râté. Par Allah ! Il est passé devant vous et à répondu du sable sur vos têtes. Il s’en est allé vaquer à ses affaires ». Ils dirent : « Par Allah ! Nous ne l’avons pas vu ». Cela dit, ils se dressèrent, faisant tomber le sable de leur tête. Toutefois, ils regardèrent par le trou de la porte de la chambre, virent Ali et dirent : « Par Allah ! Voici Mohammad en train de dormir. Il s’est couvert de son manteau ! » Aussi, ne bougèrent-ils pas jusqu’au matin. Alors, Ali sortit du lit et leur tomba dans les bras. Les malfaiteurs l’interrogèrent au sujet du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et il répondit : « Je ne sais rien de lui ». De la maison à la grotte Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) quitta sa maison dans la nuit du 27 Safar (deuxième mois) de l’an 14 de la prophétie (nuit du 12 au 13 septembre 622 du calendrier Grégorien.). Il se rendit chez son compagnon, Abou Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui), l’homme le plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils quittèrent en passant par une arrière-porte et se dépêchèrent de sortir de la Mecque, avant le point de l’aube. Sachant que les Kouraichites trouveraient à force de chercher et que le chemin vers lequel les regards allaient d’abords s’orienter était le chemin principal de Médine allant vers le Nord, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé au sud de la Mecque et allant vers le Yémen. Il fit une distance d’environ neuf kilomètres sur ce chemin, atteignit une haute montagne connue sous le nom de montagne de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et difficile à escalader. Alors le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) marcha pieds nus. Une autre version précise qu’il marchait sur le chemin sur la pointe des pieds pour ne pas laisser de traces et ainsi, marcha pieds nus. Quoi qu’il en fût, Abou Bakr le porta lorsqu’il eut atteint la montagne et fit des efforts jusqu’à une grotte située au sommet de la montagne, grotte connue dans l’histoire sous le nom de « grotte de Thawr ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Abou Bakr à l’intérieur de la grotte Une fois la grotte atteinte, Abou Bakr dit au prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Par Allah ! Tu n’entreras qu’après que je l’aurai fait. S’il y a quelque chose de dangereux, il m’emportera pour te laisser sain et sauf ». Sur ces mots, il entra dans la grotte et la balaya. Il trouva un trou, dans l’une des parois, et aussitôt déchira son manteau pour le boucher. Toutefois il y avait encore deux autres trous : il les boucha avec ses pieds. Ensuite, il dit au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Entre ! » Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) entra, plaça sa tête sur une pierre et dormit. Abou Bakr fut blessé au pied par une pierre mais ne bougea pas de peur d’attirer l’attention de son compagnon. Il pleurait. Ses larmes tombèrent sur le visage du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) . Celui-ci dit : « Qu’as-tu donc, Abou Bakr ? » Il répondit : « Je suis blessé ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) cracha sur la blessure et celle-ci disparut. Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant trois nuits : celles du vendredi, du samedi et du dimanche. Abdoullah ibn Abi Bakr était avec eux. A ce sujet Aicha dit : « C’était un jeune intelligent et ingénieux ». Il les quittait vers la fin de la nuit, à l’aube et, au matin, se retrouvait avec les Kouraichites, comme s’il avait passé la nuit à la Mecque. Il prenait connaissance de toutes les tractations et machinations et, la nuit, il venait leur en apporter les nouvelles. Au-dessus de la grotte, Amir ibn Fouhayra, l’esclave affranchi d’Abi Bakr gardait des moutons qu’il laissait, à un certain moment de la nuit, camper au-dessus de la grotte. De la sorte, il leur fournissait du lait toute la nuit. A l’aube, il les quittait, poussant ses moutons au loin. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits. Amir ibn Fouhayra suivait, avec ses moutons, les traces de Abdoullah ibn Abi Bakr, après le départ de celui-ci pour la Mecque, en vue de les effacer. Quant aux Kouraichites, ils étaient fous de rage lorsqu’ils apprirent que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’était échappé à la sortir de la nuit où l’on devait réaliser le complot. Leur première réaction fut de frapper Ali, de le traîner jusqu’à la Kaaba où ils l’enfermèrent pendant une heure, dans l’espoir d’obtenir de lui des informations au sujet du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et d’Abi Bakr. N’ayant rien tirer d’Ali, ils se rendirent chez Abi Bakr et frappèrent à la porte. Alors, Asmâ’, la fille d’Abi Bakr sortit. Ils lui dirent : « où est ton père ? ». Elle répondit : « Par Allah ! je ne sais pas où il est ». Abou Jahl l’ignoble et le pervers leva la main et lui asséna une gifle qui fit tomber sa boucle d’oreille. Les Kouraichites décidèrent ensuite, au cours d’une séance extraordinaire tenue avec urgence, de mettre en œuvre tous les moyens susceptibles de permettre la capture des deux hommes. Toutes les routes et les pistes partant de la Mecque furent mises sous la surveillance d’hommes armés jusqu’aux dents. De même, les Kouraichites offrirent une grosse prime de cent chamelles par fugitif, soit deux cent chamelles à quiconque les ramenaient morts ou vivants. Alors, les cavaliers, les fantassins et les pisteurs se mirent à chercher. Ils se disséminèrent dans les montagnes et les vallées, dans les vallons et sur les plateaux, mais en vain. Les poursuivants arrivèrent jusqu’à l’entrée de la grotte, cependant, Allah les fit échouer. Abou Bakr dont les propos ont été rapportés par Anas et ensuite par Al-Boukhari, dit : « J’étais avec le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dans la grotte. Levant la tête, je vis les pieds des poursuivants et aussitôt dis : « Ô Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « Si l’un d’eux baissait les regards il nous percevrait ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) répondit : « Tais-toi, Aba Bakr ! Nous sommes deux et Allah nous complète en troisième ». Une autre formation donne : « Que penses-tu, Ô Aba Bakr de deux qu’Allah complète en troisième ? ». Alors qu’il ne restait entre les poursuivants et le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) que quelques minces pas à franchir, ceux-ci rebroussèrent chemin. C’était là un miracle qu’Allah dédia à son prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) . Sur la route de Médine Lorsque le feu de la recherche se fut éteint et qu’eurent cessé les investigations et les enquêtes, après l’effervescence des Kouraichites ayant abouti à une poursuite de trois jours sans aucun résultat, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et son compagnon sortirent pour se rendre à Médine. Ils avaient déjà engagé à leur service Abdallah ibn Ouraykit Al-Laythi, un guide habile et expérimenté. Celui-ci professait la même religion que les Kouraichites. Toutefois, ils lui firent confiance et lui remirent leurs deux chamelles, lui fixant rendez-vous trois jours après à la grotte de Thawr où il devait se présenter muni des deux bêtes. Dans la nuit du lundi premier jour de Rabia Al-Awwal de la première année de l’hégire (16 septembre 622 du calendrier grégorien.), Abdoullah ibn Ouraykit leur apporta les deux montures et alors, Abou Bakr dit au prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) : « O Messager d’Allah ! Prend l’une de ces deux montures » Il rapprocha de lui la meilleure des deux, mais le prophète accepta à condition d’en payer le prix. Asma’, la fille d’Abi Bakr (Qu’Allah soit satisfait d’elle et de son père) vînt apporter leur vase. Toutefois, elle avait oublié d’y mettre l’anse par laquelle on l’accrochait. Lorsque après leur départ, allant accrocher le vase, elle se rendit compte que celui-ci n’avait pas d’accrochoir, elle coupa sa ceinture en deux morceaux, dont elle utilisa l’un comme accrochoir et l’autre comme collier. C’est pour cela qu’on l’appelait la « femme aux deux ceintures ». Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), Abou Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) et Amir ibn Fouhayra se mirent en route, en compagnie du guide Abdillah ibn oraykit, le long de la côte. Ayant quitté la grotte, ce dernier tendit d’abord à aller vers le sud en direction du Yémen et ensuite alla vers l’ouest en direction de la côte. De la sorte, il parvint à un chemin que les gens n’avaient pas l’habitude d’emprunter, bifurqua vers le nord peu avant la côte de la mer rouge et recoupa une voie que presque personne n’utilisait. Ibn Ishâq a mentionné les endroits où passa le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). A cet égard il dit : « Après être sorti avec eux, le guide passa par la partie inférieure de la Mecque et, ensuite, faisant son chemin le long de la côte, finit par recouper la route passant par Osfân. De là, il passa sous Amajj, continua pour recouper la route après avoir traversé un corridor. Poursuivant son chemin, il s’achemina vers Al-Khirâr, Thanyatoul-Mourra, et Lakfâ. Il dépassa Madlajat Lakf, entra dans Madlajat Majâh, s’achemina vers Marjah Mahâj, entra dans Marjah Thil-Ghadwain et à l’intérieur de Thi Kichr. A partir de là, il se dirigea vers Al-Jadâjid, Al-Ajrad, alla vers Thi Salam partie de Batn Madlajat Taaahon, s’achemina vers Al- Abâbîd. Il dépassa ensuite Al-Fâja, descendit Al-Araj, alla vers Thaniyatoul-Aa’ir- du côté droit de Rakouba- descendit Batn Ri’i et arriva à Koubâ. Voici quelques aspects de ce qui arriva en route : 1. Selon un rapport d’Al-Boukhari, Abou Bakr As-Siddik (qu’Allah soit satisfait de lui) dit : « Nous avons voyagé toute la nuit et aussi, le lendemain jusqu’à midi. La route était déserte. Personne d’autre n’y passait. Un long rocher nous surplombait masquant les rayons du soleil. Nous descendîmes donc à son ombre. Je nivelai de ma main une place où le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) pouvait dormir, après quoi j’y étalai de la fourrure puis dis : « Dors ! Ô Messager d’Allah ! Je vais nettoyer ce qui t’entoure ». Après que celui-ci fut endormi, je sortis pour nettoyer les alentours. Soudain, mon regard se posa sur un berger qui, avec ses moutons, venait vers le rocher, pour en fait faire comme nous. Alors je lui dis : « A qui appartiens-tu, mon garçon ? » Il répondit : « A un médinois ou un mecquois ». Je repris : « Tes moutons ont-ils du lait ? » Il répondit : « Oui » je dis : « Vas-tu donc traire ? » Il répondit : « Oui » et attrapa une brebis. Je lui dis : « Enlève le sable, les poils et les impuretés qui se trouvent sur les mamelles ! » Il traya un peu de lait dans un récipient cubique. J’avais avec moi une gourde que je portais pour le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), gourde à laquelle il se désalterait et faisait ses ablutions. Je retournai auprès du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) mais évitai de le réveiller. Lorsqu’il se fut réveillé, je refroidis le lait en y ajoutant de l’eau puis lui dit : « Bois ! Messager d’Allah ». Il but à son aise et dit : « N’est-il pas l’heure de partir ? » Je répondis : « Si » Alors nous repartîmes. 2. Abou Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) avait l’habitude d’être à la disposition du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) . C’était un vieillard que l’on connaissait et le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) un jeune que l’on ne connaissait pas. Ainsi, un homme le rencontra et lui dit : « Qui est cet homme avec toi ? » Il répondit : « Cet homme me montre le chemin ». L’autre, par méconnaissance pensait qu’il voulait dire le chemin terrestre, alors qu’il ne s’agissait que de la voie du bien. 3. Sourakah ibn Mâlik rejoignit le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Aba Bakr. A cet égard, il dit : « Pendant que j’étais assis dans l’un des conseils de ma tribu, Banî Madlaj, un homme arriva et, nous surplombant puisque nous étions assis, dit : « Ô Sourakah, j’ai vu des silhouettes sur la côte. Je pense que c’est Mohammad et ses compagnons ! ». Je sus aussitôt que c’était eux, mais lui répondis : « Non ; ce ne sont pas eux. Tu as plutôt vu tel et tel qui sont partis devant nous ». Ensuite, je restai pendant une heure au conseil avant de me lever pour rentrer chez moi. Je dis à ma captive de me sortir mon cheval qui se trouvait derrière une butte de terre, sous sa garde. Je pris ma lance, sortis par l’arrière de la maison et, marchant, me mis à planifier mon voyage jusqu’au cheval que j’enfourchai. Celui-ci me transporta au point de m’emmener à proximité d’eux et ensuite trébuchant, me désarçonna. Me relevant, je me dépêchai de mettre la main sur mon carquois. J’en sortis ensuite mes baguettes que je consultai. Tomberais-je sur la bonne baguette ou sur la mauvaise ? Ce fut celle que je détestais qui sortit. Alors, je remontai à cheval, désobéissant aux baguettes. Je m’approchai et m’approchai encore au point d’entendre le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) réciter le Coran. A ce que je voyais, lui ne se retournait guère, mais Abou Bakr quant à lui se retournait très souvent. Par la suite, les pattes de mon cheval s’enlisèrent dans le sable jusqu’aux genoux et me voilà encore désarçonné. Je rabrouai l’animal et me relevai, mais c’est à peine si celui-ci avait sorti ses pattes. Lorsqu’il y fut parvenu, il en résulta un nuage de poussière montant vers le ciel comme de la fumée. Je consultai encore mes baguettes et celle que je détestais sortit de nouveau. Alors, me détournant de tout cela, j’interpellai prudemment les gens que je poursuivais et les voilà qui s’arrêtèrent. Je me remis en scelle et ensuite pus les rejoindre. J’avais l’intime conviction lorsqu’on me retenait en prison pour m’empêcher de les suivre, que la cause du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) triompherait. Je dis à celui-ci : « Ta tribu amis ta tête à prix ». Je les informai de ce que les gens leur voulaient et leur offris des provisions de route. Toutefois, ils ne m’informèrent ni ne me posèrent des questions. Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se contenta de dire : « Il vaut mieux que tu t’éloignes de nous ». Je lui demandai de m’écrire des versets. Alors, Il ordonna à Amir ibn Fouhayra de le faire et celui-ci le fit sur un morceau de peau de bête ». Dans un certain rapport, Abou Bakr dit : « Nous nous mîmes en route. Les gens nous cherchaient et personne d’autre que Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham ne parvint à nous rattraper, monté sur son cheval. Alors, je dis : « Quelqu’un nous rattrape ! Ô Messager d’Allah ! » Il dit : « Ne t’afflige pas, Allah est avec nous » (le repentir :40). Souraqah s’en retourna. Il trouva sur son chemin des gens qui cherchaient toujours et leur dit : « j’ai déjà fouillé les parages et vous informe qu’il n’y a rien ». Ainsi, le jour il s’activait en la faveur des recherchés et la nuit servait de gardien à ceux-ci. 4. Dans son voyage vers Médine le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa devant les deux tentes d’Oumm Maabad de la tribu des Kouzâma. C’était une femme obèse et robuste qui, restant dans la cour de sa tente, nourrissait et désaltérait les passants. Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et Abou Bakr l’interrogèrent : « Y a-t-il quelque chose chez toi ? » Elle répondit : « Par Allah ; S’il y avait quelque chose chez moi, les villages ne seraient pas plus pauvres ». En fait, c’était une armée de pénurie. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) regarda par la fente de la tente vit une brebis et dit : « Et cette brebis, Oumm Maabad ? » Elle répondit : « C’est une brebis incapable de suivre les moutons ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) reprit : « A-t-elle du lait ». Elle répondit : « Elle est trop épuisée pour en avoir ». Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit : « Me permettrais-tu de la traire ? » Elle dit : « Oui ! Ma foi ! Vas-y si tu peux en tirer du lait ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa sa main sur les mamelles de la brebis, prononça le nom d’Allah, et pria. Alors, le lait s’échappa et coula. Il demanda à la femme d’apporté un récipient, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’engagea à la traire au point de voir le récipient surmonté d’écume. Il désaltéra Oumm Maabad qui alors but à son aise, suivie en cela par les compagnons et le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) lui-même. Il s’engagea à la traire une seconde fois au point de remplir le récipient qu’il laissa alors avec elle, avant de se remettre en route. Le mari Oumm Maabad, ne tarda pas à rentrer poussant devant lui des chèvres qui n’avaient plus que la peau sur les os. Lorsqu’il vit le lait, il s’étonna et dit : « D’où te vient ceci ? Ma foi ! Il n’y avait pas de lait à la maison, que je sache ! » Sa femme lui répondit : « C’est vrai, mais, par Allah ! Un homme est passé disant ceci et cela dans un état comme ceci et comme cela ». L’homme reprit : « Par Allah ! je pense que c’est le gars des Kouraichites, celui qu’ils cherchent. Décris-le-moi, Oumm Maabad le lui décrit dans sa beauté physique et sa parole splendide qu’à force d’écouter l’auditeur avait l’impression de le voir en personne et de se trouver devant lui. Nous reviendrons sur ce point en abordant vers la fin, les traits caractéristiques du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Alors Abou Maabad dit : « Par Allah ! Celui-là, c’est l’homme des Kouraichites, celui au regard duquel, ils disent ce qu’ils disent. J’ai déjà songé à l’accompagner mais sans aucun doute je le ferai à la première occasion ». Du côté de la Mecque, une voix retentit, le matin, sans que personne n’arrivât à en connaître l’origine. Elle disait : « Qu’Allah le Seigneur du Trône rétribue en bien deux compagnons descendus chez Oumm Maabad et qui furent bienfaisants à leur arrivée, comme à leur départ heureux qui passa la soirée en compagnie de Mohammad. Ô combien les Kouraichites tirent profit de ce dont Allah vous détourne. Leur œuvre et leur bienveillance sont sans prix Banou kaab n’ont plus à s’en faire Assuré est leur rôle dans l’ordre des croyants. Interrogez donc votre sœur au sujet de la brebis. Si vous le faites, c’est la brebis même, qui témoigna ». Asmâ dit : « Nous ne savions pas vers où s’orientait le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) lorsqu’un djinn arriva au-dessous de la Mecque et récita ces vers. Les gens le suivaient, écoutaient sa voix mais ne le voyaient pas. Ainsi continua-t-il jusqu’à sa sortie par le haut. Lorsque nous eûmes entendu sa parole nous sûmes que le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) s’orientait vers Médine. 5. En route, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rencontra Bouraida ibn Al-Hasîb Al-Aslami entouré de près de 80 ménages qui embrassèrent l’Islam avec lui. Il accomplit, avec eux derrière, la dernière prière du dernier crépuscule (Al-Ichâ). Bouraida résida sur le terroir de sa tribu jusqu’après Ohod, moment où il rejoignit le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui). Abdoullah ibn Bouraida a rapporté que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) était toujours optimiste et non point pessimiste. Bouraida s’en allait à cheval en compagnie de 70 cavaliers de son clan appartenant à Banî Sahm. Alors il rencontra le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui lui dit : « A quel clan appartiens-tu ? » Il répondit : « Aslam ». Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit alors à Abi Bakr : « Nous somme sauvés », et ensuite s’adressa encore à Bouraide : « A quelle dynastie appartiens-tu ? » Celui-ci dit : « à Banî Sahm », et le prophète de dire : « Ta flèche est sortie ». 6. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa auprès d’Abi Aws Tamim ibn Hajar ou Abi Tamim ibn Hajar Al-Aslami à Kahdâwât entre Al-jouhfa et Harachi (dans AlAraj), alors que leur voyage avait été à un moment ralenti dans l’après-midi, lui et Abou Bakr étant montés sur un même chameau. Alors Aws fit monter le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) sur un étalon de chameau et, ensuite, envoya avec les deux compagnons un garçon à lui, appelé Masaoud, auquel il parla en ces termes : « Fais les passer par là que tu sais être un chemin sûr et ne les quitte pas ». Le garçon les fit passer par le chemin en question au point de les faire accéder à Médine. Ensuite, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) laissa Masaoud repartir chez son maître après l’avoir chargé de dire à celui-ci de marquer ses chameaux au cou comme c’était le cas avec les chevaux, à savoir deux anneaux séparés par un trait, car c’était là la marque de sa tribu. Lorsque les associateurs se présentèrent, le dimanche, Aws ordonna à son serviteur Masaoud ibn Hounaida de quitter Al-Araj et de se rendre à pied auprès du prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) l’informer de leur présence. Ceci a été mentionné par Ibn Mâkoulâ rapportant les propos d’At-Tabari. Aws embrassa l’Islam après l’arrivée du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) à Médine. Il résidait à Al-Araj. 7. En cours de route et à Batn Rîm, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) rencontra Az-Zoubair en compagnie des musulmans : Des commerçants en provenance de la Syrie. Az-Zoubair donna alors au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et à Abou Bakr des vêtements blanc. La descente à Kouba Le lundi 8 du mois Rabia Awwal de l’an 14 de la prophèsie – première année de l’Hégire ( 23 septembre 622 du calendrier grégorien.), le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendu à Koubâ.Orwa ibn Az-Zoubair dit : « Les musulmans de Médine avaient appris que le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait quitté la Mecque. Aussi, tous les malins se rendaient-ils sur la route où ils se mettaient à l’attendre jusqu’au moment où la chaleur de midi les renvoyait dans leurs demeures. Un jour, ils s’en retournèrent après avoir longuement attendu. Cependant, dés qu’ils eurent regagné leurs maisons, un juif qui était monté sur un blockhaus pour observer quelque chose, aperçut, sans illusion le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et ses compagnons tous de blanc vêtus. Alors celui-ci ne put s’empêcher de crier du plus haut de sa voix : « Ô Arabes ! Voici votre grand père que vous attendiez ». Aussi, les musulmans sortirent-ils. Ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) au-delà de la route. Ibn Al-Kayyim dit : « J’entendis la clameur et les Allâhou Akbar chez Banî Amr ibn Awf : les musulmans, contents de son arrivée, criaient « Allâhou Akbar ». Ils allèrent à sa rencontre, l’accueillirent, le saluèrent comme un prophète et l’entourèrent tout en se mettant à graviter autour de lui qui, alors restait calme, faisant preuve de quiétude et de sérénité. Il lui fut révélé ce qui suit : « Alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d' entre les croyants, et les Anges sont par surcroît (son) soutien. » Sourate 'L'interdiction' verset 4. Amr ibn Az-Zoubair dit : « Alors ils reçurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) qui, entouré par la foule, bifurqua vers la droite, au point de descendre chez Banî Amr ibn Awf et cela, un lundi, Abou Bakr se mettait à contenir la foule, alors que le messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) était assis, silencieux, salué par les médinois qui venaient d’arriver et qui ne l’avaient pas encore vu ». Un autre document mentionne : « Les gens venaient saluer Abou Bakr jusqu’au moment où celui-ci, voyant que le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) avait chaud, lui donna de l’ombre à l’aide de son manteau. A ce moment, les gens reconnurent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) ». Toute la ville de Médine était là pour l’accueil. C’était un jour solennel et l’histoire de cette ville n’en avait jamais connu de semblable. Les juifs constatèrent la véracité de l’annonce faite par le prophète Habkouk : « Allah vient de Taymân et le Saint des montagnes de Fâran ». A Koubâ, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. D’autres disent au contraire qu’il descendit chez Saad ibn Khaythama, toutefois la première assertion est plus consistante. En fait, Ali ibn Abi Tâlib resta pendant trois jours à la Mecque, pour rendre aux gens ce qu’ils avaient confié au Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) . Ensuite, émigrant à pied, il rejoignit les deux compagnons à Kouba et alors descendit chez Kalthoum ibn Al-Hadm. Le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) passa quatre jours à Kouba : lundi, mardi, mercredi et jeudi. Il fonda la mosquée de Koubâ et y pria, la première mosquée fondée sur la crainte d’Allah après l’avènement de la prophétie. Le jeudi ( le vendredi selon d’autres) il se mit en scelle sur l’ordre d’Allah, Abou Bakr montant en croupe. Il envoya auprès de Banî An-Najjâr- ses oncles maternels et ceux-ci se présentèrent munis de leurs épées. Il allait vers Médine lorsque la prière du vendredi le trouva chez Banî Sâlim ibn Awf. Alors, restant avec ceux-ci, il en dirigea la prière au sein de la mosquée située au fond de la vallée. La congrégation comptait 100 hommes. L’entrée à Médine Après la prière du vendredi, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) entra à Médine. Depuis ce jour, la ville de Yathribfut connue sous le nom de Madinatour-rasoul ( la ville du prophète ) en abrégé : Médine. C’était un grand jour historique. Les maisons et les chemins vibraient de louanges et de vénérations dédiées à Allah. Les filles de Médine chantaient le poème suivant, envahies de joie et de gaieté : « La pleine lune luit et nous éclaire à Médine. Il nous faut donc être reconnaissants, tant qu’on nous appelle à Allah. Ô Toi qu’on a envoyé auprès de nous ! Y Tu apportes l’ordre auquel nous obéirons » Al-Ansâr (les partisans du prophète à Médine), même s’ils n’avaient pas de grandes richesses, souhaitaient tous voir le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendre chez eux. Jamais celui-ci ne passait dans une des maisons d’Al-Ansar sans que le mors de sa monture ne fût saisi par des gens qui, alors, disaient : « Venez chez les plus nombreux, aux raisins et au régal ». Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) leur disait : « Ôtez-vous de son chemin. Elle obéit à un ordre ». La monture poursuivit sa marche jusqu’à l’endroit actuel de la mosquée du prophète ; alors, elle s’agenouilla, mais ensuite se releva, marcha un peu, fit volte face, revint et s’agenouilla au premier endroit. Alors le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) descendit chez Banî An-Najjâr mêmes ; Ses oncles à qui Allah avait bien voulu accorder une telle chance. En effet, il plut au Très-Haut de les honorer en faisant descendre chez eux leur neveu. Les gens se mirent alors à s’adresser au prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui), lui demandant de descendre chez eux. Abou Ayoub Al-Ansâri se dépêcha de prendre ses bagages pour les emmener chez lui. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) se mettait à dire : « L’homme est avec ses bagages ». Assad ibn Zourara vint se saisir des rênes de sa monture qui, elle resta chez lui. Dans le rapport fait par Anas selon Al-Boukhâri, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) dit : « Laquelle des maisons appartenant aux nôtres est plus proche ? » Alors Abou Ayoub dit : « La mienne, Ô Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) voici ma maison et ceci en est la porte. Allons-y on nous a préparé un repas. Levez vous avec la bénédiction d’Allah ». Quelques jours après, le prophète (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) fut rejoint par sa femme Sawda, ses deux filles Fâtima et Oumm Koulthoum, Ousâma ibn Zayd et Oumm Ayman en compagnie de Abdillah ibn Abi Bakr qui conduisait la famille d’Abi Bakr dont on notait Aicha. Zaynab était restée chez Abil-As et ne put émigrer qu’après la batailla de Bade. Aicha dit : « Après que le prophète fut arrivé à Médine, Abou Bakr et Bilâl tombèrent malades. Alors j’allai les voir et dis : « Père, comment vas-tu ? Bilâl comment vas-tu ? » Sous le coup de la fièvre, Abou Bakr disait toujours : « On souhaite à l’homme le bonjour dans sa famille alors que la mort lui est plus proche que ses chaussures » Guéri de sa fièvre, Bilâl disait : « Vais-je encore passer la nuit dans une certaine vallée avec autour de moi Idhar et Jalil. Retournerai-je un jour aux eaux de Mijjâna ? Reverrai-je Châmah et Toufail ? » J’allais voir le Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et l’informai. Il dit : « Seigneur ! Fais nous aimer Médine de la même façon que nous aimons la Mecque, voire plus. Restaure sa santé, bénis son accueil, chasses-en la fièvre et protège-là ». Ici, s’achèvent l’une des parties de la biographie du Messager d’Allah (que la prière et la paix d'Allah soient sur lui) et l’une des étapes de l’appel islamique, à savoir celle de la Mecque. **** **** **** Extrait du livre "LE NECTAR CACHETE" du professeur Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, professeur de l'université salafite de l'Inde. Edition Daroussalam (Ici, il n’y a qu’un extrait, je conseille les frères, et sœurs sincèrement de se le procurer.) source:http://www.sourceislam.com/his/emigration.htm |

